Président de la région Normandie et du parti Les Centristes, Hervé Morin est revenu pour CNEWS sur les divisions de la classe politique autour du budget. L’ancien ministre de la Défense a appelé à la démission d’Emmanuel Macron, mais aussi à l’organisation d’une primaire de la droite et du centre pour éviter les dispersions de sa famille politique en 2027.
Le vote sur le Budget de la Sécurité sociale a fortement divisé l’Assemblée nationale. Qu’est-ce que cette séquence montre-t-elle du paysage politique actuel ?
Elle démontre une forme de forfaiture. Nous voyons bien que la situation politique actuelle génère une importante instabilité et des anticipations économiques négatives. Le pays est en train de se mettre à l’arrêt. C’est le cas notamment en ce qui concerne l’investissement. Le niveau d’épargne est atrocement bas. La seule solution est la démission programmée du chef de l’État. Cela engendrerait l’organisation d’une élection présidentielle anticipée au printemps prochain. Les partis politiques pourraient alors s’organiser et se lancer dans une vraie campagne, nécessaire.
Comprenez-vous la position d’Horizons et d’Edouard Philippe, pourtant membre du socle commun, de s’opposer en majorité à ce budget de la Sécurité sociale ?
Absolument. A partir du moment où il a préconisé le départ du chef de l’État au nom de la Ve République, ce choix d’Edouard Philippe est justifié pour moi. Il doit cependant tirer les conséquences des décisions récentes d’Emmanuel Macron, notamment celle de la dissolution. Il aurait dû demander aux parlementaires de voter la censure de Sébastien Lecornu en octobre dernier.
Ceux qui évoquent ce chaos ont tout simplement peur de la dissolution
Le terme de «chaos» est souvent évoqué par des responsables politiques en cas de non-vote du budget, le partagez-vous ?
Le chaos est déjà en place. Il est lié à l’absence de majorité au sein du Parlement et des faiblesses du président de la République. Ceux qui évoquent ce «chaos» ont simplement peur de la dissolution.
A l’occasion de la prochaine élection présidentielle, êtes-vous favorable à l’organisation d’une primaire à droite ?
J’y suis favorable depuis plus d’un an. La primaire a la vertu de définir un candidat et ainsi éviter une dispersion qui nous empêcherait d’être au second tour. Actuellement, la droite et le centre ne disposent pas d’un candidat, comme en 2007 avec Nicolas Sarkozy, qui se détache de façon évidente. Une primaire, que je souhaite ouverte, représenterait une formidable rampe de lancement pour celui qui serait élu. Il ne faut pas qu’elle soit réservée uniquement aux adhérents des partis politiques. Ce serait une catastrophe. Elle doit être ouverte à tous les Français. Cette primaire permettrait de faire émerger une figure dans laquelle les Français pourraient se reconnaître. Une personnalité jugée capable d’incarner la fonction présidentielle.
Laurent Wauquiez fixe les limites de cette primaire de «Gérald Darmanin à Sarah Knafo», partagez-vous ce cadre ?
Ce sont des limites que je partage complètement.
Votre ligne se rapproche fortement de celle portée par le maire de Cannes David Lisnard, quels sont vos liens ?
Nous sommes amis. J’ai une totale confiance en lui. Il est le seul à avoir un discours pleinement construit, pleinement travaillé, pleinement solide. Il est le seul à présenter un projet extrêmement élaboré pour notre pays. La France a besoin de liberté pour lui permettre d’exprimer sa capacité d’innovation, mais aussi d’ordre. David Lisnard incarne bien ces deux piliers.
En tant qu’ancien ministre de la Défense, que pensez-vous du service militaire volontaire annoncé par Emmanuel Macron ?
C’est une vaste supercherie. Dans le meilleur des cas, on s’adresse à 10.000 personnes. Le service militaire doit être obligatoire et universel. S’il est volontaire, cela s’appelle un engagement. Aujourd’hui, il suffit d’ouvrir 5000 ou 10.000 contrats pour permettre à des jeunes de rentrer dans l’armée, avec une fonction pleine et totale. Le service militaire a du sens seulement s’il est universel. Personne ne peut croire en cette mesure annoncée par Emmanuel Macron.
Entretien réalisé le mardi 9 décembre, avant le vote du projet de financement de la Sécurité sociale (PLFSS).