60% des avions Air France cloués au sol

L'aéroport parisien de Roissy [[Fred Dufour / AFP/Archives]]

Au premier jour d'une grève qui pourrait durer, au moins la moitié des avions d'Air France sont cloués au sol lundi faute de pilotes, affirme la compagnie. Et la situation devrait empirer, jusqu'à la paralysie mercredi, selon les syndicats.

 

Mardi, la proportion de pilotes en grève restera stable à 60%, selon la direction mais la situation devrait se dégrader pour les passagers: la compagnie prévoit d'assurer 40% des vols, contre 48% lundi. 

"7.000 personnes sont mobilisées pour servir nos clients", Air France leur "présente (ses) excuses", a déclaré devant la presse Catherine Jude, directrice du Centre de contrôle des opérations. Les passagers dont le vol a été annulé recevront un dédommagement (de 250 à 600 euros selon les vols) ou seront remboursés intégralement à défaut d'autre vol disponible.

Opposé aux conditions de développement de Transavia, la filiale à bas coût du groupe, le SNPL AF Alpa (majoritaire) a appelé à une grève reconductible du 15 au 22 septembre; le Spaf, deuxième syndicat, et Alter (non représentatif) jusqu'au 18. Les négociations ont repris dans la matinée entre la direction et les syndicats représentatifs. 

Un mouvement d'une semaine serait le plus long conflit mené par des pilotes d'Air France (groupe Air France-KLM) depuis 1998. La direction évalue son coût à "10 à 15 millions" d'euros par jour.

Devant le guichet d'échange des billets Air France du terminal F, la file d'attente grossissait au fil des heures mais dans le calme. Un couple de retraités rentrant de Chine a lui trouvé la solution: "On va prendre un TGV qui part de l'aéroport pour rentrer à Toulouse" mais "on a dû avancer les billets, 300 euros quand même!"

 

80% de vols annulés à Toulouse

  "Apparemment tout se passe bien", a dit constater à Roissy le PDG d'Air France-KLM Alexandre de Juniac, revêtu du gilet rouge des personnels chargés de renseigner les passagers bloqués. Celui-ci a remercié les clients pour "leur patience". Beaucoup avaient respecté les consignes de report de voyage.

Dans les aéroports parisiens, un peu moins de la moitié des vols ont été annulés à l'avance ainsi qu'à Bordeaux et Strasbourg. Dans plusieurs aéroports du Sud, l'impact de la grève était plus important: 80% des vols annulés à Toulouse, 70% à Marseille, Lyon et Nice. 

"Quand la compagnie aura épuisé le réservoir de pilotes de l'encadrement", contraints au repos après avoir été appelés en renfort lundi, "on arrivera au blocage total", a estimé dimanche Julien Duboz, porte-parole du SPAF. Un pronostic partagé par Jean-Louis Barber, président du SNPL AF Alpa: si le taux de grévistes "reste aussi élevé" (75% lundi selon lui), "on peut imaginer" que ce sera "bloqué" mercredi. 

 

Des désaccords criants

Les syndicats craignent que le nouveau plan stratégique "Perform 2020" n'ouvre la voie à une "délocalisation" des emplois de pilotes et au "dumping social", quand la compagnie y voit un levier de croissance déterminant. "L'idée c'est de faire de Transavia un outil de reconquête du marché", face à "une concurrence terrible" des low-cost, a expliqué dimanche soir M. de Juniac en pressant les pilotes de participer à "un projet magnifique", porteur d'un millier d'emplois en France, dont 250 de pilotes.

Alors qu'un plan de départs volontaires a été ouvert en août pour 200 des 3.760 pilotes d'Air France, le groupe entend augmenter la flotte de Transavia en France de 14 à 37 avions en cinq ans et ouvrir de nouvelles bases en Europe dès 2015, avec des pilotes sous contrat local. 

Le groupe rejette la principale revendication des syndicats d'un contrat unique pour les pilotes aux conditions actuelles d'Air France pour les avions de plus de 100/110 places, quelle que soit la compagnie du groupe Air France (Air France, Transavia, Hop!). 

Au sein d'Air France, la grève n'est pas soutenue par les syndicats de pilotes de la filiale régionale Hop!. Elle est aussi critiquée par plusieurs organisations représentatives, toutes catégories confondues. 

La CFE-CGC et la CFDT taxent ainsi le mouvement de "corporatiste". Les salariés au sol sont "exaspérés" car "les pilotes ne veulent pas participer aux efforts" de redressement demandés aux salariés depuis 2012, a affirmé lundi le numéro un de la CFDT, Laurent Berger, en qualifiant la grève d'"indécente"

 

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