Paris : manifestation contre les violences faites aux femmes

Une écoutante de la plate-forme téléphonique du 3919, numéro d'appel unique destiné aux femmes victimes de violences conjugales. [JACQUES DEMARTHON / AFP]

Plusieurs centaines de personnes, 3.000 selon les organisateurs, ont manifesté samedi à Paris pour réclamer une loi-cadre pour protéger les femmes contre les violences et dénoncer un manque de volonté politique, a constaté un journaliste de l'AFP.

 

La manifestation était organisée à l'appel d'organisations féministes, de syndicats et de partis politiques dans le cadre de la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, qui aura lieu mardi.

Clamant sur la banderole de tête "Violences faites aux femmes, ça suffit: une loi-cadre, des moyens et des actes maintenant", le cortège a parcouru un itinéraire reliant la place de la Bastille à celle de la République.

"En France, malgré toutes les lois votées, elles restent incomplètes et pas appliquées", a déclaré Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif national pour les Droits de Femmes, qui a organisé la manifestation.

"Par exemple, l'ordonnance de protection, créée en 2010, ne concerne que les femmes victimes de violences conjugales ou menacées de mariage forcé. Nous revendiquons qu'elle soit étendue à toutes les femmes", a-t-elle ajouté.

"Beaucoup de lois ne sont pas appliquées, parce qu'il n'y a pas de véritable volonté politique pour lutter contre les violences faites aux femmes", selon elle.

Etaient également présentes d'autres associations féministes comme Osez le féminisme, les efFRONTé-e-s, le Collectif féministe contre le Viol, mais aussi des syndicats, comme la CGT, FSU ou Solidaires, et des partis politiques, comme le PCF, le Parti de gauche et le NPA.

Parmi les slogans scandés, on pouvait entendre: "Le corps des femmes n'est pas une marchandise", "Abolition de la prostitution" ou "Solidarité avec les femmes du monde entier". Et sur les banderoles, on pouvait lire: "Halte aux féminicides", "Ce n'est pas un drame familiale, c'est un féminicide" ou "Le machisme tue".

"Tuer une femme parce qu'elle est une femme doit être une circonstance aggravante", a estimé Claire Serre-Combe, porte-parole de Osez le féminisme, qui a lancé une campagne pour la reconnaissance du "féminicide". Pour elle, "le problème, c'est que les pouvoirs publics n'ont pas compris la spécificité des meurtres de femmes, qui sont des actes de haine. Un homme assassine une femme parce qu'elle échappe à son contrôle."

Elle donne l'exemple de l'Espagne, qui a voté une loi cadre contre les violences faites aux femmes, avec des tribunaux spécialisés "et des moyens énormes": "ça a payé, les violences ont énormément baissé en Espagne".

Pour Caroline De Haas, l'une des fondatrices de Osez le féminisme et récemment de MachoLand.fr, la manifestation a "vocation à souligner le trou béant entre l'ampleur du problème et l'absence de mobilisation des pouvoirs publics". "L'arsenal législatif n'est pas mauvais", selon elle, "mais c'est la volonté politique qui est trop faible".

En France, une femme décède tous les trois jours sous les coups de son compagnon et chaque année, plus de 216.000 femmes sont victimes de violences commises par leur partenaire. Seules 16% déposent plainte.

"Les personnels de la justice et de la police ne sont pas du tout formés. Quand une femme se rend dans un commissariat pour dénoncer des violences, elle est très mal accueillie", regrette Valentine Mercier, des efFRONTé-e-s.

Le 4e plan interministériel de lutte contre les violences faites aux femmes (2014-2016) prévoit la généralisation du téléphone "grand danger", le développement de dispositifs pour faciliter les dépôts de plainte, ou encore la formation des professionnels à la gestion des violences intrafamiliales et un meilleur accueil des femmes étrangères fuyant des violences.

 

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