Ce que veulent les médecins

Grève des médecins généralistes le 24 décembre 2014. [[Photo d'illustration / Jean Philippe Ksiazek /AFP / Archives]]

Les blouses blanches poursuivent leur mouvement. Les médecins, bien décidés à ne pas relâcher la pression sur le gouvernement, viennent d’entamer une nouvelle semaine de grève, après une première mobilisation fin décembre.

 

Manifestation des jeunes généralistes hier, cabinets fermés, mais aussi blocage des services de l’Assurance maladie en refusant la télétransmission des feuilles de soins par carte Vitale pour lui préférer un retour papier : les professionnels de santé ont multiplié les actions pour protester contre le projet de loi santé.

Croisade contre le tiers payant

Porté par Marisol Touraine, celui-ci vise à assurer "la qualité du système de santé et [à] garantir son accès à tous". Mais certaines dispositions du texte hérissent les médecins. Ces derniers fustigent d’abord la généralisation du tiers payant, qui permettrait à tous les patients de ne pas avancer de frais lors d’une consultation. "Les médecins seront pieds et poings liés à l’Assurance maladie", tempête le docteur Pierre Levy, secrétaire général de la CSMF, premier syndicat de médecins. En cas d’aléa, comme une grève des caisses, les médecins pourraient observer un retard dans leur paiement. En outre, les syndicats craignent une déresponsabilisation des patients qui, ayant l’impression que la santé est gratuite, "surconsommeraient" les soins. Pour l’exécutif, au contraire, il s’agit d’éviter que des Français renoncent à se faire soigner pour des raisons financières.

Autre point de friction : l’extension des prérogatives des Agences régionales de santé (ARS). Une mesure qui doit permettre, selon le ministère, de structurer les soins de proximité. Mais pour le docteur Levy, cette réorganisation fait courir "le risque d’une étatisation du sytème de santé français", avec des ARS qui pourraient contrevenir à la liberté d’installation des praticiens. Plus globalement, cette grève traduit l’exaspération de médecins qui dénoncent un manque de considération, pointant les nouvelles prérogatives d’autres professions (pharmaciens, infirmières…) et le blocage du tarif de base d’une consultation, fixé à 23 euros chez un généraliste depuis 2007.

 

Une "réécriture en concertation"

Les grévistes espèrent faire plier le gouvernement, exigeant, à l’instar de la CSMF, la "réécriture totale du projet de loi en concertation" avec la profession. Marisol Touraine a déjà repoussé au printemps l’examen du projet de loi, initialement prévu début 2015, pour "améliorer" le texte. Hier sur BFMTV, la ministre s’est dite "ouverte à la discussion" et prête à "aménager et réécrire" certains articles, notamment ceux sur les pouvoirs des ARS. Mais la généralisation du tiers payant "sera évidemment maintenue", a-t-elle martelé.

Les réunions entre les deux partis se poursuivent aujourd’hui pour trouver une sortie de crise. Mais si Marisol Touraine s’est félicitée, hier, de "progrès considérables" en ce sens, cette fronde reste du pain béni pour l’opposition. Le président de l’UMP, Nicolas Sarkozy, a ainsi prévu de rencontrer lui aussi des responsables du monde de la santé aujourd’hui.

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