Grève des routiers : l'ouest au ralenti

Les routiers poursuivent leur grève, elle devrait continuer jusqu'à mardi. [GEORGES GOBET / AFP]

Poids lourds bloqués, périphériques saturés et zones industrielles interdites d'accès : la grève des routiers "prend de l'ampleur" selon les syndicats, qui continuent de faire pression sur le patronat lundi, à la veille de négociations qui s'annoncent "très tendues".

 

"Le patronat a voulu voir, comme au poker. Là je pense que ça va lui coûter cher", s'est réjoui le patron de la CGT Transports, Jérôme Vérité, jugeant "impressionnante" la mobilisation en cours. Selon lui, le mouvement ne cesse de "prendre de l'ampleur", notamment dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, où les grévistes "sont en train de multiplier les points de blocage".

Lundi en début d'après-midi, c'est l'Ouest du pays qui menait la fronde, avec des perturbations importantes à Bordeaux, Nantes, Rennes et surtout à Caen, le "record" avec près de "600 camions" bloqués, selon M. Vérité.

Autour de l'agglomération normande, les poids lourds étaient arrêtés dans les deux sens du périphérique, les véhicules légers pouvaient circuler sur une file, au ralenti.

"Depuis 2013, il n'y a pas eu d'augmentation conventionnelle, on tiendra le coup quoi qu'il arrive !", a prévenu Jean-Louis Delaunay (CGT), qui participait à l'opération escargot. Routier lui-même depuis 30 ans, le syndicaliste a indiqué qu'il gagnait aujourd'hui "1.741 euros net, ancienneté comprise et c'est 2% au-dessus de la convention...".

    
Rocade "saturée" à Rennes

Le mouvement de grogne a été lancé par une intersyndicale CGT, FO, CFTC et CFE-CGC en décembre, après une dernière séance de négociation annuelle obligatoire (NAO) jugée infructueuse.

Syndicats et organisations patronales se retrouvent mardi à Paris pour relancer les discussions. Sans grand espoir d'aboutir à un compromis.

Les négociations "s'annoncent très tendues", a indiqué à l'AFP Patrice Clos, le responsable de FO Transports, qui réclame une revalorisation salariale de 5% pour tous les salariés. Le patronat devrait présenter mardi une "proposition améliorée" de "1% à 2% de hausse selon les coefficients", a expliqué Nicolas Paulissen, délégué général de la Fédération nationale des transports routiers (FNTR).

L'OTRE, qui représente les TPE et PME du transport routier, met en avant les propositions déjà faites en décembre : "revalorisation de 1,9% sur les salaires de bas de grille, de 1,3% sur tous les autres coefficients, de 2% sur les frais de déplacement".

Mais les grévistes ont annoncé la couleur : ils poursuivront leur grève "au moins jusqu'à mardi". A Rennes, dans la matinée, la rocade a été "saturée", ainsi que tous ses accès, selon le Centre régional d'information routière.

Christophe Provost (CGT), un des organisateurs du barrage filtrant, a exprimé auprès de l'AFP le "ras-le-bol" de la profession. "Pour se faire un salaire potable, il faut faire 220 heures par mois, on ne peut pas continuer comme ça", a-t-il dit.

Près de Nantes, tous les accès de la zone industrielle de Carquefou ont été bloqués par une cinquantaine de grévistes, selon Thierry Mayer (CGT). "Personne ne rentre, personne ne sort", d'après lui.    

 

"Dans le calme"

En région parisienne, les routiers ont ciblé le port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), le premier d'Ile-de-France. Chaque année, 20 millions de tonnes de marchandises transitent sur cette plateforme, "où quasiment tout le pétrole d'Ile-de-France est distribué", selon Pascal Goument (CFTC-GND).

Dans la partie sud du pays, de nombreux blocages étaient aussi organisés, comme au marché de gros de Corbas, dans la banlieue est de Lyon.

Au sud de Bordeaux, plus d'une centaine de camions ont été bloqués le long de l'A63 près de la zone industrielle de Cestas (tri postal, entrepôts et bases logistiques). Les automobilistes, seuls autorisés à passer, subissaient de gros ralentissements jusqu'à la rocade.

"Les transporteurs le prennent bien, certains viennent nous rejoindre et boire le café avec nous. Des automobilistes aussi, qui ont l'air de comprendre, et pour certains nous disent de ne 'pas lâcher'", a assuré dans la matinée Marc Rosa, de la CGT Transports Gironde.

A Marseille, trois opérations escargots ont ralenti le trafic autoroutier lundi matin en direction de la ville. Au plus fort de l'action, Bison Futé a relevé 14 km de bouchons sur l'A51 entre Aix-en-Provence et Marseille.

L'Est s'est moins mobilisé. En Lorraine, une vingtaine de routiers ont bloqué entre 6H00 et 10H00 les entrées de BM Lorraine et BM Chimie, deux entreprises situées près de Metz. "Cela s'est passé dans le calme, sans incidents. Nous avons distribué des tracts, nos revendications sont claires : une augmentation immédiate des salaires et du pouvoir d'achat", a indiqué un délégué CGT, Abderrahim El Kasri.

 

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