La semaine de Philippe Labro : le temple de l’harmonie, la baraque de la honte

Philippe Labro, écrivain, cinéaste et journaliste.[THOMAS VOLAIRE]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour Direct Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

 

SAMEDI 24 JANVIER

Nous voici, pour la première fois, ce samedi soir, au pied de la nouvelle Phi­lhar­monie de Paris, inaugurée le 14 janvier dernier. On me dit que ce bâtiment, conçu et construit par Jean Nouvel, présidé par Laurent Bayle, connaît déjà un immense succès de curiosité (40 000 visiteurs le week-end dernier), un peu à l’instar de ce qui s’est passé, fin 2014, avec la Fondation Louis Vuitton. Comme si les Parisiens – et les Français – avaient soif de beauté, d’inédit, d’une architecture qui ne soit pas seulement d’apparence mais accueille ce qui est fondamental : la musique, les musiciens, les émotions des mélomanes.

Avec ses armatures d’acier, ses oiseaux d’aluminium (341 000 de sept formes différentes qui recouvrent le bâtiment), sa sensation d’harmonie, ce site, face à la Grande Halle de la Villette, est bien évidemment spectaculaire et attirant. Mais je suis avant tout curieux de saisir, observer, vivre la salle de concert elle-même.

Aucune déception, bien au contraire : on éprouve l’euphorie de la découverte. Le jeune et puissant chef Gustavo Dudamel, à la tête de l’Orchestre Simon Bolivar donne la Cinquième symphonie de Beethoven. Il faudra un jour, s’inspirer de la façon dont tous les gouvernements du Venezuela ont su former des jeunes de quartiers pauvres à la pratique d’un instrument. On croit connaître presque par cœur cette si
célèbre "5e" et, pourtant, dans cet espace astucieusement agencé pour que chaque auditeur ne soit pas éloigné de plus de 38 mètres du chef et de l’orchestre, je redécouvre l’œuvre – car l’acoustique de la salle est tout simplement sensationnelle.

Au milieu de 2 400 personnes, j’ai le sentiment d’être enveloppé par tous les instruments. C’est assez envoûtant. Renaud Capuçon, qui y a déjà joué plusieurs fois, confirme : "Je m’y trouve bien, rassuré, comme conforté par la présence si forte du public et par la sonorité chaleureuse, lumineuse, claire et distincte. Toutes les entrées d’instrument, au cours d’une symphonie ou d’un concerto, sont entendues, j’ai eu un sentiment de HD, de 3D, une définition de plénitude et de rondeur."

Capuçon, le meilleur violoniste de sa génération, qui se produit dans le monde entier, ajoute : "Ça va être formidable pour Paris."

 

MARDI 27 JANVIER

Dans une nuit froide et bleutée, émouvante, sobrement et solennellement organisée, la cérémonie du 70e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, que les chaînes de télé tout info ont suivi intégralement en direct, aura permis, aussi, de réfléchir à tous les autres "lieux maudits" – comme l’identifiait le président polonais –, toutes ces "plaies qui restent ouvertes".

Le système nazi tout entier aura ainsi été commenté, expliqué, remis en perspective. Parmi la volumineuse masse de publications, on doit retenir, entre autres, le nouvel ouvrage de Guillaume Zeller La baraque des prêtres (éd. Tallandier) – qui raconte l’histoire méconnue de 2 720 prêtres, religieux ou séminaristes, qui furent déportés à Dachau – et où 1 034 d’entre eux laissèrent leur vie.

Zeller a le souci de la précision. Les épisodes les plus terribles, certains exemplaires de courage et dignité, reposent sur un travail méticuleux, honnête, relatant la vie quotidienne, les sacrifices, la solidarité, grâce à une bibliographie abondante et aux archives et témoignages de deux "survivants de la baraque 26" qui se sont confiés au jeune journaliste devenu, pour la circonstance, l’historien objectif d’une "terre de détresse".

 

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