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Houellebecq superstar des ventes en Europe

Houellebeck a pris la tête des ventes en France, en Italie et en Allemagne.[©PH.Matsas/Flammarion]

"Soumission" de Michel Houellebecq s'impose en tête des ventes depuis sa sortie en France, mais aussi en Allemagne et en Italie. Un succès historique qui confirme à l'échelle européenne la capacité de l'auteur, admiré ou détesté, à toucher au coeur des angoisses occidentales.

 

"Être numéro un des ventes dans trois pays européens en même temps, c'est du jamais vu de mémoire d'éditeur", a confié mardi à l'AFP Flammarion, son heureux éditeur français. "Houellebecq est même passé devant le dernier Umberto Eco en Italie".

"C'est historique", renchérit l'écrivain et critique Pierre Assouline. "Ce succès européen confirme, sans porter de jugement sur le roman, l'exceptionnelle capacité de Houellebecq à radiographier la société dans tous ses fantasmes et ses contradictions", dit-il à l'AFP.

 

Un buzz médiatique

Dans "Soumission", Houellebecq imagine une France islamisée en 2022 après l'élection à la présidentielle du chef d'un parti musulman.

Tiré à ce jour à 480.000 exemplaires dans l'Hexagone, le roman, paru le 7 janvier, le jour même de la tuerie à Charlie Hebdo, et précédé par un buzz médiatique sans précédent, a été propulsé en tête des ventes dès la première semaine.

 

Sociologue ou écrivain ?

Selon l'institut GfK, il s'en est écoulé à ce jour 345.000 exemplaires en France, sans compter les ventes en Belgique et en Suisse.

"C'est intéressant de voir que sa radiographie toujours aiguë de la société, même si elle n'est pas toujours juste, est reconnue au niveau européen", souligne Pierre Assouline. "Houellebecq passe pour un meilleur sociologue qu'écrivain: ses livres constituent un meilleur sondage d'opinion que tous les sondages d'opinion dont on nous abreuve. Et là, c'est un sondage à l'échelle européenne".

"Houellebecq s'est installé notamment en Italie comme l'auteur qui attrape tous les sujets de notre époque. Il arrive à être à la fois simple et complexe, touche tous les lectorats, y compris le public masculin", explique à l'AFP Teresa Cremisi, PDG de Flammarion et l'éditrice de "Soumission".

En Allemagne, où l'auteur a poursuivi son marathon médiatique interrompu en France après l'attentat contre Charlie Hebdo, "Soumission" ("Unterwerfung" en allemand) est paru le 16 janvier chez Dumont Buchverlag.

   

Accusé d’islamophobie

Accusé d'islamophobie par certains de ses détracteurs, le roman, qui a suscité de vives polémiques en France, a été unanimement salué par la critique Outre-Rhin.

Le quotidien Die Welt a ainsi évoqué Louis-Ferdinand Céline, affirmant par ailleurs que "Soumission" n'était ni raciste ni islamophobe.

Dumont a effectué cinq retirages et a imprimé à ce jour 270.000 exemplaires du roman, a précisé mardi son éditeur allemand à l'AFP.

"C'est un roman qui rebute et en même temps fascine (...), le diagnostic stupéfiant de Houellebecq touche au coeur des angoisses occidentales, courageusement et sans pitié", relève Sandra Kegel, critique littéraire du quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. "Aucun auteur n'a présenté de manière aussi crue à la société ses propres cauchemars".

 

Une résonnance particulière

"Ce serait une absurdité de reprocher à l'auteur d'attiser encore les peurs des populistes de droite européens, avec lesquelles il joue", estime Iris Radisch, de l'hebdomadaire Die Zeit. "Houellebecq (est) encore et toujours l'un des observateurs les plus talentueux des mensonges et contradictions de nos existences".

Les attentats terroristes de janvier en France mais aussi les manifestations islamophobes lancées par le mouvement Pegida en Allemagne ont sans doute donné une résonance particulière à ce livre, estime son éditeur.

En Italie, "Soumission" ("Sottomissione" en italien) est sorti le 15 janvier. Dès la semaine suivante, son éditeur Bompiani annonçait avoir vendu plus de 200.000 exemplaires du roman de Houellebecq, un auteur culte dans ce pays.

"Nous n'avons jamais vu ça", reconnaît Elisabetta Sgarbi, directrice éditoriale de Bompiani. "La Possibilité d'une île" s'était écoulé en Italie à 100.000 exemplaires et "La Carte et le territoire", Goncourt 2010, à 45.000.

 

La critique est partagée en Italie

La critique transalpine a été partagée. Dans La Repubblica du 20 janvier, l'écrivain Alessandro Baricco a ainsi jugé le livre raté.

"Houellebecq écrit de manière fatiguée, lascive, acide, exactement comme le monde qu'il décrit est fatigué, lascif et acide", écrit dans Sole 24 Daniele Bellasio. "La fin justifie les moyens, et réciproquement. Pour cela, il peut être, et il l'est souvent, détesté, il énerve, mais il ne peut laisser indifférent".

Quant au critique littéraire Antonio D'Orrico, il a simplement titré son article, dimanche dans Tuttolibri: "Houellebecq fait l'Histoire".

 

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