Inondations en Côte d'Azur : le bilan passe à dix-sept morts

Les sinistrés n'ont pu que constater les dégâts. [JEAN-CHRISTOPHE MAGNENET / AFP]

Pris au piège dans un parking souterrain, coincés sous un tunnel ou noyés dans leur maison de retraite: les intempéries qui ont dévasté la Côte d'Azur dans la nuit de samedi à dimanche ont fait au moins 17 morts et 4 disparus.

 

Sous un franc soleil, c'est un spectacle de désolation qu'ont découvert les survivants dimanche dans la zone touchée par les intempéries, une trentaine de kilomètres le long du littoral, de Mandelieu-la-Napoule à Nice: parkings inondés, voitures enchevêtrées, rues couvertes de boue. 

Au fur et à mesure que passaient les heures, le bilan humain de la catastrophe a régulièrement été revu à la hausse: "Le bilan n'est pas encore complet", a prévenu dès son arrivée sur la zone en fin de matinée le président de la République François Hollande, aux côtés du ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. En fin d'après-midi, il s'établissait selon la préfecture des Alpes-Maritimes à 17 morts et 4 disparus.

Malgré son importance, ce bilan restait encore en deçà de celui des pluies torrentielles qui avaient fait en juin 2010 dans le Var 25 morts, 31.560 sinistrés et près d'un milliard d'euros de dégâts.

A Cannes, à la cellule de crise installée dans les locaux de la police municipale, M. Hollande a notamment pu regarder des images de vidéosurveillance enregistrées au cours de la nuit. "On voit bien combien ces images sont précieuses, à la fois pour sauver des vies -- en l'occurrence une l'a été --, et on voit aussi que ces images permettent de comprendre ce qui s'est passé, presque seconde par seconde et quartier par quartier, et donc faire l'analyse des causes -- là de l'intempérie elle-même -- qui ont pu provoquer des dégâts", a-t-il estimé.

 

"Tenez bon!"

Avec David Lisnard, le maire LR de Cannes où les intempéries ont fait 2 morts et 3 disparus, le président a évoqué les conditions dans lesquelles au moins 7 personnes sont mortes -- prises au piège dans le parking de leur résidence --, dans la commune voisine de Mandelieu-la-Napoule, où 1 personne était toujours recherchée en début d'après-midi:

"- Les gens ont laissé leur voiture?

- Le problème, c'est que beaucoup de gens semblaient très attachés à leur voiture.

- Encore une fois, il faut qu'on prévienne qu'à un moment il vaut mieux laisser sa voiture que laisser sa vie."

A la fin de sa visite à Cannes, s'adressant à une habitante, le président a souligné que l'état de catastrophe naturelle serait déclaré dès mercredi en Conseil des ministres. "Tenez bon, merci!", lance-t-il en partant vers Mandelieu-la-Napoule.

Dans cette commune, le président a fait devant la presse un rapprochement avec les changements climatiques, rappelant que la France accueillerait à la fin de l'année la conférence sur le climat Cop21. "Il y a toujours eu des catastrophes, mais leur rythme, leur intensité se sont renforcés", a jugé François Hollande, appelant à "prendre des décisions" pour le climat.

A Mandelieu-la-Napoule, des lames d'eau ont surpris samedi soir les habitants de plusieurs résidences descendus dans les parkings souterrains pour mettre à l'abri leurs véhicules. Dans les sous-sols, "l'eau est tellement opaque que les pompiers ne voient pas les corps. (...) C'est apocalyptique", a décrit le maire Henri Leroy. Sur place, les secours sortaient au fur et à mesure des corps des parkings des résidences, transportés ensuite par des fourgons de pompes funèbres.

Outre Mandelieu-la-Napoule et Cannes, les précipitations et les inondations ont également fait des victimes à Biot où trois résidents d'une maison de retraite sont morts, à Vallauris-Golfe Juan où une famille de trois personnes a péri dans une voiture coincée dans un tunnel et à Antibes (1 mort, 1 disparu).

 

"Coupées du monde"

Les intempéries ont également causé des dégâts matériels considérables. A Antibes, le camping du Pylone, où une personne est morte, a été dévasté: "D’habitude, nous avons le temps de prévenir les gens", explique Françoise Pauget, la propriétaire du camping, "on a toujours une demi-heure pour prévenir tout le monde, comme en 2011, lors de la précédente inondation. Mais là, en 10 minutes, qu’est-ce que vous voulez faire?" 

A Biot également, les témoins du drame ont évoqué devant François Hollande l'enchaînement rapide des événements. "Nous avions deux salariés qui assuraient la surveillance de la maison de retraite cette nuit et des 48 pensionnaires: une aide-soignante et une auxiliaire de vie", a raconté à l'AFP Jean-Christophe Romersi, le responsable régional du groupe qui gère la maison de retraite.  "Mais elles se sont retrouvées coupées du monde, dans l’impossibilité de prévenir les secours par téléphone", poursuit-il.

Les transports ont également été touchés: longtemps coupée, l'autoroute A8 a rouvert sur une seule voie dans les deux sens dans la matinée; aucun train ne devait circuler dimanche entre Toulon et Nice et le trafic devrait être très perturbé lundi. Aux aéroports de Nice et Hyères en revanche, tous les vols avaient pu reprendre dans la matinée.

Samedi soir, c'est un déluge s'est abattu sur la région: selon Météo-France, entre 19H00 et 22H00, 180 mm d'eau sont tombés à Cannes, 159 mm à Mandelieu-la-Napoule, et 100 mm à Valbonne, près de Biot.  

Quelque 22.000 foyers étaient toujours privés d'électricité vers midi dimanche. Selon la préfecture des Alpes-Maritimes, 520 sapeurs-pompiers ont été mobilisés avec des moyens spécifiques et les secours ont reçu 3.341 appels pour 753 interventions, dont 105 hélitreuillages.

Dans son angélus, le pape François a appelé à une "solidarité concrète" avec les victimes. 

 

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