Attentat de Nice : le récit du premier photo-journaliste arrivé sur les lieux

«L'horreur a commencé à m'envahir quand j'ai entendu les sirènes», témoigne le journaliste Valery Hache, un des premiers photographes arrivés sur les lieux de l'attentat. «L'horreur a commencé à m'envahir quand j'ai entendu les sirènes», témoigne le journaliste Valery Hache, un des premiers photographes arrivés sur les lieux de l'attentat. [Valery Hache / AFP]

Le journaliste de l'AFP Valery Hache est l'un des premiers photographes à être arrivé sur les lieux de l'attentat de Nice, jeudi soir. Voici son récit.

«L'horreur a commencé à m'envahir quand j'ai entendu les sirènes. Trop stridentes. Puis j'ai aperçu des colonnes de camions de pompiers. Trop nombreux. Je me suis dit que quelque chose n'allait pas.

Pourtant, l'Euro s'était terminé et nous avions tous poussé un grand «ouf» de soulagement. (...) Et le président de la République nous a rassurés, le 14 juillet, jour de la fête nationale, quand il a annoncé que l'Etat d'urgence décrété après les attentats de novembre à Paris serait bientôt levé, fin juillet.

«La Promenade des Anglais était noire de monde»

Alors en ce soir de fête, je me détendais et prenais du plaisir à photographier les feux d'artifice annuels de Nice. Tout le monde aime assister aux feux d'artifices. Surtout les familles avec enfants. Surtout à Nice, station balnéaire ultra-touristique. Et encore davantage dans la tiédeur de l'été. La fameuse Promenade des Anglais était noire de monde.

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J'ai pris des dizaines de photos, mais, sachant que la demande serait surtout concentrée sur les feux d'artifices de Paris, je n'en ai envoyé qu'une seule à notre «desk» d'édition à Paris : une image de feux d'artifices sur fond d'éclairs. Puis je suis rentré chez moi.

Dix minutes après avoir franchi le seuil de la porte de mon appartement, sur les hauteurs de la ville, j'ai entendu les sirènes. J'ai attrapé mes caméras et j'ai enfourché ma moto. Mon téléphone a sonné : c'était un ami journaliste. "Quelque chose de grave est arrivé sur la promenade des Anglais", a dit mon interlocuteur. J'ai appelé le desk, le bureau de l'AFP à Marseille. J'ai pris ma moto et j'ai foncé, aussi près que j'ai pu de la promenade.

«J'aperçois un grand camion, le pare-brise criblé d'impacts de balles»

Puis j'ai continué à pied. Des centaines de personnes couraient dans tous les sens. Certaines criaient. D'autres pleuraient. "Terroristes! Ce sont des terroristes ! Ils tirent! Il y a des terroristes à Nice", entendait-on dans la foule. Puis j'ai deviné des tirs. Mais je ne savais pas d'où ils venaient. J'ai continué à marcher, tentant de déchiffrer la situation. La police a commencé à boucler le quartier.

J'aperçois un grand camion, le pare-brise criblé d'impacts de balles, entouré de policiers. Je m'arrête et je prends quelques images. Je reste dix secondes. Personne ne fait attention à moi. Les gens courent désorientés. Puis on m'indique qu'un peu plus loin, il y a des gens à terre. Je commence à me rapprocher et je réalise que je dois envoyer au plus vite les photos que j'ai déjà prises. Je ne sais rien encore de ce qui s'est passé et encore moins du nombre de victimes : plus de 80.

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Le réseau est saturé. Envoyer mes photos me prend entre 15 et 20 minutes. L'image du camion est à la Une des journaux aujourd'hui. C'est ce camion qui a foncé sur la foule, sur près de deux kilomètres, roulant sur tous ceux qui ont eu la malchance de croiser sa folle trajectoire.

Puis j'ai continué à marcher. Tout le secteur était bouclé. Les gens étaient en panique. Certains se serraient dans les bras, d'autres en larmes s'étreignaient devant moi. Les survivants.

«Il y a des corps partout. Couverts de draps, blancs et bleus.»

J'ai atteint finalement le tronçon concerné par le meurtrier parcours du camion blanc. Il y a des corps partout. Couverts de draps, blancs et bleus. Je prends des photos, sans vraiment croire ce que je vois dans mon viseur. Des corps gisent tout le long de la principale avenue de Nice.

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Je suis journaliste et nous, les journalistes, savions qu'il y avait un risque. Mais me voilà rentré de l'Euro et je suis à Nice, Nice ! Une ville touristique, de plage, détendue. Et les corps gisent un peu partout devant moi.

Nice est comme un aimant pour les touristes étrangers mais aussi pour les Français. Certains corps sont si menus. Des enfants. Leurs parents devaient être si heureux de les emmener assister à un feu d'artifice. Mais après les feux de joie, ils avaient rendez-vous avec la mort.»

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