Les infirmiers en ont «ras-le-bol» et seront en grève mardi

Les infirmiers anesthésistes d'Ile-de-France en grève, devant le ministère de la Santé à Paris. Les infirmiers anesthésistes d'Ile-de-France en grève, devant le ministère de la Santé à Paris.[BORIS HORVAT / AFP ]

Une «vague blanche» en perspective ? Les infirmiers, mais aussi les aides-soignants, les agents administratifs et autres personnels hospitaliers sont appelés à se mobiliser mardi contre la dégradation de leurs conditions de travail et les pressions budgétaires, sources d'un «ras-le-bol» grandissant, selon leurs syndicats.    

Cette journée de grève nationale décidée par l'intersyndicale FO-CGT-SUD de la fonction publique hospitalière, à laquelle se sont greffées la CFTC et près d'une vingtaine d'organisations d'infirmiers salariés et libéraux, doit s'accompagner de rassemblements partout en France.

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A Paris, rendez-vous est donné à 10H00 à Montparnasse pour une manifestation en direction du ministère de la Santé, dans le 7e arrondissement. «Les conditions de travail des salariés se dégradent considérablement», explique à l'AFP Mireille Stivala, secrétaire générale de la fédération CGT «santé et action sociale».

«On est en compression budgétaire permanente depuis une dizaine d'années», renchérit Jean Vignes, son homologue de SUD Santé Sociaux. «Il y a vraiment une exaspération prégnante à l'hôpital, partagée» par toutes les catégories de professionnels, souligne Denis Basset (FO), rappelant que l'intersyndicale de praticiens Avenir Hospitalier, entre autres, soutient le mouvement.

La course à la rentabilité épuise les personnels

Fermetures de services, manque de personnels, accroissement de l'activité, course à la rentabilité : les facteurs contribuant au mal-être, voire à l'épuisement des personnels dans les hôpitaux, sont nombreux, selon leurs représentants.

«On voit des gens en pleurs dans les services parce qu'ils ont peur de mal faire leur travail», témoigne Marie, aide-soignante de 38 ans dans le Loiret. «Cela devient de plus en plus dur de se concentrer sur les patients», déplore-t-elle, soulignant le décalage entre les exigences des directions et la réalité du terrain.

Les suicides de plusieurs soignants cet été, dont au moins cinq infirmiers, ont mis en lumière un malaise profond, selon l'intersyndicale. Elle réclame pêle-mêle «l'arrêt des fermetures de lits et des suppressions de postes», l'«abandon» du plan d'économies de «3,5 milliards d'euros» sur trois ans d'ici 2017, ou encore «l'abrogation de la loi santé» qui a instauré les groupements hospitaliers de territoire (GHT), faisant craindre des restructurations. Autant de revendications déjà anciennes.

Mouvement de colère

De leur côté, 18 organisations d'infirmiers salariés, libéraux ou étudiants, ont choisi les mêmes date et parcours parisien pour «s'unir dans un même mouvement de colère», une première «depuis 1988», selon le collectif.

«On veut être entendu et on veut des annonces concrètes», résume Nathalie Depoire, la présidente de la Coordination nationale infirmière (CNI), déjà à l'origine d'un mouvement de grève en septembre, qui n'avait été suivie que par 1,45% des infirmiers hospitaliers, selon le ministère.

Reste un éternel problème : la possibilité pour les hôpitaux d'assigner les personnels pour assurer la continuité des soins, qui empêche de fait de manifester, prévient-elle. De la même façon, les infirmiers libéraux ne «vont pas abandonner leurs patients», fait valoir Annick Touba, la présidente de leur syndicat national (Sniil).

Jusqu'ici, la ministre Marisol Touraine a été relativement épargnée par la grogne du secteur public, malgré la situation «explosive» dénoncée par les syndicats. Une grogne qui s'est surtout traduite par des mouvements de grève catégoriels ou locaux.

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Interrogée dimanche soir sur BFMTV concernant la mobilisation, Mme Touraine a rappelé que «depuis 2012, l'hôpital c'est 10 milliards d'euros de plus», et que «les infirmières, par exemple, ont eu des revalorisations qui vont de 250 à 500 euros par an». Elle a aussi souligné qu'il y avait eu sur la même période «des postes en plus» avec «31.000 soignants de plus à l'hôpital: 26.000 infirmières, 3.000 médecins, 2.000 aides-soignantes».

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