Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour Direct Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.
JEUDI 4 MAI
C’est la valse des adjectifs : brutal, violent, agressif, arrogant, nul, incompétent, incomplet, frustrant, sans précédent, pas au niveau, inutile, etc. Toute cette terminologie, bien entendu, s’applique – dans les journaux et à la télévision – au débat de l’entre-deux-tours, suivi par 16,5 millions de Françaises et Français. Comme tout a été dit et écrit sur ce duel inédit, essayons de résumer ce que nous avons vu, et ceci à partir du vocabulaire utilisé partout.
«Brutal, violent, agressif» ?
Oui, sans aucun doute, car la tactique de ce combat était très claire : on attaque tout de suite (Le Pen), on réussit à se défendre (Macron), on interrompt en permanence et, vers la fin, on tente le K.-O. Comme en boxe ? Oui, comme dans toute compétition sportive, quand les adversaires acceptent les règles du jeu : unité de temps, de lieu, d’action. A la fin, c’est la victoire ou la défaite, mais ça peut être, aussi, le match nul.
Etait-il «nul», ce débat ?
Trop facile de le qualifier ainsi. Il n’était pas «nul», il était surprenant, dérangeant et instructif. On a mieux compris les caractères de chacun, mais on a aussi, sans doute, éprouvé une certaine lassitude face à un tel déferlement d’épithètes. Aucun débat présidentiel précédent n’avait offert une telle image, un tel ton. Je n’avais jamais vu ça.
Ce duel peut-il changer le vote final, d’ici à ce week-end ?
Je ne le crois pas. Les partisans de chaque duelliste sont sortis confortés par leur propre candidat – aucun changement de camp, mais, peut-être, une décision de la part de ceux qui veulent s’abstenir ou voter blanc. Les jeux sont-ils faits ? En matière de politique, ils ne sont jamais «faits». Il y aura un (ou une) président(e) dimanche soir. Lundi matin, un autre combat commencera. Et il est, pour l’heure, imprévisible. Mais le duel d’hier soir va laisser de très fortes traces dans l’histoire de la «débacratie».
Je connais des petits malins qui ont suivi le débat présidentiel sur leur poste de télé avec, à leurs côtés, une tablette, dont le son avait été coupé, ce qui leur permettait, néanmoins, de suivre, d’un œil, le déroulement du match de Ligue des champions entre Monaco et la Juventus Turin. Exemplaire spectacle, celui du sens de la défense et de la vive contre-attaque, la Juve (Macron ?) – et celui d’une équipe, Monaco, habituée à dominer, déferler, attaquer et marquer, qui s’est fracassée contre un mur (Le Pen ?). L’on peut déjà prévoir, à Cardiff, une finale Real Madrid-Juventus. C’est grave ? Non, ce n’est que du football.
VENDREDI 5 MAI
Outre-Atlantique, Donald Trump est arrivé au bout de ces fameux cent jours, cette date limite donnée à un nouveau président – américain ou autre – pour démontrer sa capacité de changement et à tenir ses promesses. Le moins que l’on puisse écrire, c’est que Trump n’a pas été très productif, ni efficace, ni équilibré. Il change souvent d’avis, il n’accepte aucune critique, il n’a pas encore fait une seule visite à l’étranger, il s’est entouré d’un «cabinet» hétérogène, les médiocres côtoyant les professionnels. La présidence va le changer, petit à petit, disent les commentateurs.
Il a déjà mis beaucoup d’eau dans son vin. L’exercice du pouvoir suprême, que cela se passe à Washington ou, demain, à Paris, est le plus difficile au monde. Il requiert modestie, clairvoyance, sang-froid et délégation des talents. «Vaste programme», comme disait de Gaulle – que l’on cite, d’ailleurs, beaucoup trop, ces temps-ci, et parfois à tort et à travers.
![L'ancien président et Emmanuel Macron s'étaient déjà entretenus au téléphone. [Capture d'écran Twitter]](http://static.cnewsmatin.fr/sites/default/files/styles/image_200_112/public/obama_macron.jpg?itok=ayOYl30t)