Quand Philippe critiquait Macron

Le député-maire du Havre (LR) a été nommé premier ministre.[JOEL SAGET / AFP]

Edouard Philippe a été nommé ce lundi Premier ministre d’Emmanuel Macron. Mais lors de la campagne présidentielle, le député-maire Les Républicains du Havre a tenu une chronique pour Libération, et n’a pas toujours été tendre envers le candidat d’En Marche !.

De janvier 2017 jusqu’au début du mois de mai, quinze chroniques ont été publiées dans «La campagne côté droite» : Edouard Philippe y donnait son ressenti sur la présidentielle, ainsi que les candidats. Parmi les sujets évoqués figurait Emmanuel Macron, qui n’a pas été épargné par les critiques parfois cinglantes du député-maire du Havre.

C’est ainsi que dans sa première chronique, datée du 18 janvier, à la question «Qui est Macron ?», ce proche d’Alain Juppé, soutien de François Fillon, répondait : «Pour certains, impressionnés par son pouvoir de séduction et sa rhétorique réformiste, il serait le fils naturel de Kennedy et de Mendès France. On peut en douter. Le premier avait plus de charisme, le second plus de principes. Pour d’autres, il serait Brutus, fils adoptif de César».

«Non, le Romain qui ressemble le plus à Macron, ce n’est pas Brutus, c’est Macron. Naevius Sutorius Macro, dit Macron, haut fonctionnaire (si si) devenu, à la faveur d’une révolution de palais, le conseiller de Tibère, empereur détaché des affaires courantes, il finira par l’assassiner…», a-t-il ajouté.

«La politique, c'est une grammaire», écrivait-il le 15 mars. Moins virulent envers le candidat à la présidentielle, Edouard Philippe pointait néanmois du doigt son manque d'expérience politique : «Macron, lui, serait le plus-que-parfait. Qui faisait encore quelques fautes d’accord au début : les ouvrières «illettrées», les costumes qu’on doit pouvoir se payer en travaillant (les costumes, décidément…), mais qui a vite appris, comme un élève doué qui espère compenser par son intelligence son manque d’expérience. Le voilà qui lui aussi transgresse : il revendique son immaturité ! Le pays doit choisir le capitaine d’un paquebot affrontant la tempête, et Macron nous dit «ça tombe bien, je ne suis jamais monté sur un bateau mais j’en ai vu plein»».

Entre l'insulte et le ralliement, il n'y a qu'un tour

Tandis que le premier tour approchait à grands pas, Edouard Philippe, qui soutenait encore François Fillon, semble envisager un ralliement à Emmanuel Macron en cas de victoire au premier tour. Le 29 mars, il écrivait ainsi : «Si c’est Macron [au second tour face à Marine Le Pen], ce qui ne me semble pas certain, il devra rassembler la droite, et il sera probablement en mesure de le faire».

C’est uniquement à l’issue du premier tour, constatant la défaite du candidat des Républicains, qu’Edouard Philippe a apporté, tout comme François Fillon, son soutien au candidat d’En Marche ! face à Marine Le Pen. Dans sa chronique «Des querelles byzantines» publiée le 26 avril, il affirmait : «l’élection de Le Pen serait une catastrophe ; il faut aider Macron car sa victoire n’est pas acquise ; se préoccuper de l’intérêt et de l’unité de son parti est parfaitement légitime, se préoccuper de l’intérêt de son pays l’est bien plus encore».

«L’étroit chemin de Macron» fut la dernière chronique, publiée le 3 mai, pendant l’entre-deux-tours. Imaginant la victoire d’Emmanuel Macron face à la candidate du Front National, Edouard Philippe déclarait : «Si c’est Emmanuel Macron, il devra transgresser. Sortir du face-à-face ancien, culturel, institutionnalisé et confortable de l’opposition droite-gauche pour constituer une majorité d’un nouveau type. Son chemin sera étroit. Et risqué.». Chemin que le chroniqueur empruntera désormais au côté du nouveau président de la République. 

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