Macron et Erdogan attendus sur les droits de l'Homme en Turquie

Cette visite, la plus importante du président turc dans un pays de l'UE depuis le putsch manqué de 2016, fait aussi grincer des dents. [LUDOVIC MARIN / AFP]

Les défenseurs des droits de l'Homme attendent un message de fermeté vendredi d'Emmanuel Macron à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, qui espère de son côté mettre à profit sa visite à Paris pour renouer le dialogue avec l'Europe.

«Le président français doit s'engager davantage en faveur des droits humains en Turquie», proclame Amnesty International dans une pleine page vendredi dans le quotidien Libération. «L'Etat de droit n'est plus respecté» dans ce pays sur lequel une répression brutale s'est abattue depuis une tentative de coup d'Etat en juillet 2016, poursuit l'organisation, dont le président en Turquie est lui-même emprisonné.

Plus de 140.000 personnes ont été limogées ou suspendues et plus de 55.000 ont été arrêtées, dont des universitaires, des journalistes et des militants pro-kurdes, accusés de propagande «terroriste» ou de collusion avec les réseaux du prédicateur Fethullah Gülen.

Des militants de Reporters sans frontière (RSF), brandissant des portraits de journalistes emprisonnés, se sont approchés de l'ambassade de Turquie, avant d'être stoppés par la police.

«Aujourd'hui, les prisons turques sont remplies de journalistes qui n'ont fait que leur travail», a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, dénonçant une «chape de plomb» dans ce pays, 155ème sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse, avec des dizaines de journalistes en détention et plus de 150 médias fermés.

Cette visite, la plus importante du président turc dans un pays de l'UE depuis le putsch manqué de 2016, fait aussi grincer des dents à gauche en France.

Les deux dirigeants promettent un dialogue franc et sans concession sur les droits de l'Homme. Emmanuel Macron a affirmé mercredi qu'il évoquerait avec son invité «la situation des journalistes emprisonnés» en Turquie. La présidence turque, y voyant un «manque d'information» de sa part, a assuré qu'elle lui remettrait une présentation détaillée et documentée de la situation judiciaire des cas incriminés.

La Syrie également au menu

Au-delà des sujets de contentieux, les deux présidents veulent aussi discuter de la Syrie, sur laquelle ils ont certains points de convergence et de l'Europe. «Je pense que la coopération entre la France et la Turquie est d'une importance vitale pour la paix régionale et mondiale», a déclaré M. Erdogan avant son départ pour Paris.

Ankara comme Paris cherchent à peser dans les négociations engagées pour mettre fin au conflit syrien qui a fait plus de 340.000 morts depuis mars 2011.

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