Charlie Hebdo : retour sur 5 polémiques depuis l’attentat

Parmi les dernières Unes du journal satirique, celle avec Johnny Hallyday a fait couler beaucoup d'encre. [Capture Twitter/ @Pierre Hammadi].

Trois ans après l'attentat qui a décimé sa rédaction, l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo reste plus que jamais un défenseur acharné de la liberté d'expression, et continue, parfois, de susciter la controverse. Retour sur cinq polémiques depuis l'attaque des frères Kouachi. 

Le clash Edwy Plenel Vs Mediapart, sur fond d'affaire Tariq Ramadan

C'est peut-être la polémique la plus vive de ces derniers mois. Tout a commencé le 7 novembre dernier lorsque Charlie Hebdo met à sa Une Edwy Plenel, le patron du site d'information Mediapart.  

Le dessin, signé Coco, représente le journaliste dont l'emblématique moustache obstrue successivement la bouche, les oreilles et les yeux.

En clamant : «Affaire Ramadan, Mediapart révèle : 'On ne savait pas'», le journal accuse en fait Edwy Plenel d'avoir trop souvent pris la défense de l'islamologue controversé Tariq Ramadan, accusé à l'époque de viols et d'agressions sexuelles par plusieurs femmes. 

A la parution du journal, le directeur de Mediapart avait répliqué en déclarant que cette Une faisait partie «d'une campagne plus générale» menée par l'ancien Premier ministre Manuel Valls ayant pour «obsession la guerre aux musulmans et la diabolisation de tout ce qui concerne l'islam et les musulmans».

Une déclaration qualifiée d'«appel au meurtre» par le directeur de Charlie Hebdo, Riss. Edwy Plenel avait finalement fait machine arrière assurant qu'il regrettait d'avoir employé l'expression «guerre aux musulmans». 

La Une sur Johnny à l'hôpital

Parmi les dernières polémiques en date, la Une du 22 novembre a, elle aussi, fait beaucoup parler. On y voit Johnny Hallyday entouré d'appareils médicaux. 

Le chanteur, avant son décès survenu le 5 décembre dernier, était en effet atteint d'un cancer et avait dû être hospitalisé. L’hebdomadaire satirique choisit alors pour titre : «Johnny laisse tomber le rock et se met à l’électro».

Sur les réseaux sociaux, les fans de l’artiste sont très divisés. Si certains y voient de la méchanceté - voire de la cruauté - d’autres y voient une simple moquerie du combat acharné du chanteur contre la maladie.

Brigitte Macron enceinte

Après la victoire d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle, Charlie Hebdo avait provoqué un véritable tollé sur les réseaux sociaux en présentant à sa Une, l'épouse du nouveau chef de l'Etat, Brigitte Macron, 64 ans, enceinte. 

La légende de ce dessin de Riss clame : «Il va faire des miracles !» pour se moquer des promesses du nouveau président. De nombreux internautes ont alors accusé l'hebdomadaire d'avoir fait une couverture «grossière», «sexiste» ou de «mauvais goût».

Mais d'autres, plus minoritaires, ont de leur côté salué la liberté d'expression de l'hebdomadaire, certains estimant même que les réactions des personnes choquées par le «sexisme» de la Une sont disproportionnées.

Le séisme d'Amatrice (Italie) version Charlie

La polémique a ici traversé les Alpes. Le 24 août 2016, l'Italie est frappée par un terrible tremblement de terre.  À Amatrice (centre du pays), ce sont près de 300 personnes qui perdent la vie.

Après la tragédie, Charlie Hebdo publie un dessin montrant des victimes du séisme ensanglantées avec les légendes «penne sauce tomate» et «penne gratinées» ou encore des Italiens écrasés par les débris de leurs maisons sous le titre «lasagnes». 

«Ces dessins sont répugnants», avait alors déclaré le ministre de la Justice italien de l'époque, Andrea Orlando, après une série de réactions indignées sur les réseaux sociaux.

Le petit Aylan caricaturé en agresseur sexuel

En janvier 2016, c'est un autre dessin de Riss qui a là encore provoqué un scandale d'ampleur internationale.

On y voit un migrant poursuivre une jeune femme, avec la légende suivante: «Que serait devenu le petit Aylan s'il avait grandi ? Tripoteur de fesses en Allemagne».

Le dessin fait ainsi clairement référence à Aylan Kurdi, un petit Syrien d'origine kurde retrouvé mort sur une plage turque en septembre 2015, à l'âge de trois ans.

Riss suggère que le petit garçon aurait pu devenir un violeur en grandissant après les multiples agressions sexuelles survenues à Cologne (Allemagne) la nuit du Nouvel An précédent.

Depuis le Canada où elle avait trouvé refuge avec son père, la tante d'Aylan, Tima Kurdi avait qualifié le dessin de «dégoûtant».

«J'espérais que les gens respecteraient notre douleur. Ce fut une grande perte pour nous. Nous essayons d'oublier et de repartir de l'avant. Nous blesser une nouvelle fois, c'est injuste», avait-elle déclaré.

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