Pamphlets antisémites de Céline : Gallimard «suspend» son projet de publication

Portrait daté du 12 octobre 1951 à Paris de l'écrivain Louis-Ferdinand Céline [ / AFP] Portrait daté du 12 octobre 1951 à Paris de l'écrivain Louis-Ferdinand Céline [ / AFP]

La maison d'édition Gallimard a annoncé jeudi qu'elle suspendait son projet de publier les pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline.

«Au nom de ma liberté d'éditeur et de ma sensibilité à mon époque, je suspends ce projet, jugeant que les conditions méthodologiques et mémorielles ne sont pas réunies pour l'envisager sereinement», a indiqué Antoine Gallimard dans un texte adressé à l'AFP.

Dimanche, le Premier ministre Edouard Philippe s'était prononcé en faveur de la publication des pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline, qui fait débat en France, à la seule condition que celle-ci soit «soigneusement accompagnée». 

«Je n'ai pas peur de la publication de ces pamphlets, mais il faudra soigneusement l'accompagner», avait déclaré le chef du gouvernement dans un entretien au Journal du Dimanche.

«Il y a d'excellentes raisons de détester l'homme, mais vous ne pouvez pas ignorer l'écrivain ni sa place centrale dans la littérature française», avait estimé ce féru de littérature.

Gallimard prévoyait de publier, sous le titre «Écrits polémiques», un volume rassemblant les textes antisémites et racistes de Céline: «Bagatelles pour un massacre», «L'école des cadavres» et «Les Beaux draps».

Le préfet Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT, avait mis en garde Gallimard en décembre sur les risques d'une réédition, réclamant des «garanties» en matière d'accompagnement critique de l'ouvrage.

L'éditeur avait assuré que son «intention est d'encadrer et de replacer dans leur contexte des écrits d'une grande violence, marqués notamment par la haine antisémite de l'auteur». L'appareil critique et l'avertissement devaient être établis par Régis Tettamanzi, un spécialiste de l'oeuvre célinienne, l'écrivain et membre de l'académie Goncourt Pierre Assouline signant la préface.

Serge Klarsfeld, défenseur de la cause des déportés juifs de France, à Paris, le 7 décembre 2017 [CHRISTOPHE ARCHAMBAULT  / AFP]
Serge Klarsfeld, défenseur de la cause des déportés juifs de France, à Paris, le 7 décembre 2017 [CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP]

Défenseur de la cause des déportés juifs de France, Serge Klarsfeld, qui réclame l'interdiction de la réédition de ces pamphlets, s'était indigné des propos du chef du gouvernement.

«Il est probable que le Premier ministre n'a pas lu une seule page de ces abjects pamphlets anti-juifs», avait réagi M. Klarsfeld dans un communiqué. «Sinon il n'aurait pas utilisé l'argument de la «place centrale» de Céline dans la littérature française pour accepter la publication de ces pamphlets "soigneusement accompagnés"».

«Des textes nocifs»

«Il n'est pas envisageable que la société politique française accepte la diffusion de tels textes nocifs et talentueux d'incitation à la haine raciale et à l'extermination des Juifs», avait ajouté cet inlassable militant de la mémoire de la Shoah. «Nous ne laisserons pas republier de tels textes qui ont mené nos parents à la mort.»

«Dans les universités, il n'y a pas de livres interdits», avait réagi pour sa part la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, dimanche sur France 3. «Ce qui est important évidemment, c'est qu'on explique le contexte, pourquoi ça a été écrit, qu'est-ce qu'on peut en penser».

Les trois textes antisémites, publiés entre 1937 et 1941, n'ont pas été réédités depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. On peut cependant les trouver assez facilement sur Internet, sans appareil critique.

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