13 novembre : l’oeuvre offerte par Jeff Koons à Paris fait polémique

Les auteurs de la tribune concluent enfin par les mots suivants : «nous apprécions les cadeaux, mais gratuits, sans conditions et sans arrière-pensées.»[JeffKoons]

Plusieurs personnalités du monde de la culture et de l'art refusent de voir l'oeuvre offerte par Jeff Koons - en hommage des victimes des attentats du 13 novembre - installée place du Trocadéro à Paris.

Parmi eux, il y a le réalisateur Olivier Assayas, l'ancien ministre de la Culture Frédéric Mitterand, le président de la Société pour la protection des paysages et de l'esthétique de la France Alexandre Gady ou encore l'artiste Christian Boltansky.

Dans la tribune «Non au cadeau de Jeff Koons» publiée dans Libération ce lundi, les vingt-quatre signataires trouvent que «ce projet est choquant, pour des motifs d'ordre et d'importance divers». Des raisons qu'ils détaillent une par une. 

D'abord, il y a l'oeuvre elle-même. Le 21 novembre 2016, l'artiste américain avait annoncé son intention d'offrir à la Ville de Paris «Bouquet of Tulips», une oeuvre monumentale censée être un «symbole du souvenir» après les attentats de Paris et Saint-Denis, le 13 novembre 2015. Représentant une main empoignant un bouquet de tulipes multicolores, l'oeuvre serait d'ores-et-déjà «en cours de réalisation dans une usine allemande», signalent les signataires et devrait prendre place, prochainement, place du Trocadéro. «Or le choix de l'oeuvre, et surtout son emplacement, sans aucun rapport avec les tragiques évènements invoqués et leur localisation, apparaissent pour le moins surprenants sinon opportunistes, voire cyniques.»

Derrière l'oeuvre, l'artiste est également décrié. Pour eux, Jeff Koons - célèbre à l'international pour ses Balloon Dog - est devenu «l'emblème d'un art industriel, spectaculaire et spéculatif» et «son atelier et marchands sont aujourd'hui des multinationales de l'hyperluxe».

Les signataires auraient également aimé une concertation plus démocratique. «Si une oeuvre d'une importance inédite devait être placée dans ce lieu culturellement et historiquement particulièrement prestigieux, ne faudrait-il pas procéder par appel à projets comme c'est l'usage, en ouvrant cette opportunité aux acteurs de la scène française», s'interrogent-il. Ils craignent notamment que «lui offrir une si forte visibilité et reconnaissance ressortirait de la publicité ou du placement de produit».

Ultime charge. Bien que l'oeuvre soit gracieusement offerte par l'artiste-plasticien américain à Paris, son installation entre le Musée d'art moderne de la Ville de Paris et le Palais de Tokyo est estimée à 3,5 millions d'euros. Au-delà du coût des travaux, les 24 signataires font remarquer qu'ils seront «financés par des mécènes, notamment français, qui bénéficieraient d'abattements fiscaux à hauteur de 66% de leur contribution».

Les auteurs de la tribune concluent par les mots suivants : «nous apprécions les cadeaux, mais gratuits, sans conditions et sans arrière-pensées.»

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