Violences faites aux femmes : submergée d'appels, une association ferme son standard

Les membres de l'AVFT le 21 mai 2012, à Paris.[Fred DUFOUR / AFP]

Confrontée à une vague d’appels impressionnante de victimes de violences au travail, une association a décidé, à regrets, de fermer son standard téléphonique pour traiter les dossiers déjà en cours.

L'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), ne peut plus gérer ce trop grand nombre d’appels : les cinq salariés ont pris la décision de fermer la permanence téléphonique le temps de sortir la tête de l'eau. 223 femmes ont eu recours à l’AVFT pour la seule année 2017.

Sur son site, l'association déplore «une décision aussi difficile qu’inévitable», regrettant de se retrouver confrontée à la même situation de saturation qu’en 2014. L’AVFT avait alors dû fermer son accueil téléphonique durant sept mois pour avancer sur les dossiers en cours.

Un goût amer de déjà-vu, qui sonne comme un abandon de la part du gouvernement. «Quatre ans plus tard, ce texte pourrait être repris au mot près. Cette alerte n’a pas suscité la moindre réaction des pouvoirs publics», s'indigne l’association dans son communiqué. «Où est le budget de la grande cause du quinquennat ?», s’interroge à son tour «Osez le féminisme» sur Twitter.

La liste de nouvelles victimes s'allonge

Dans la petite pièce de leurs locaux, les piles de dossiers s’entassent et dépassent les employés, qui dénoncent un manque d’effectif criant. En 2016, Léa, qui fait partie de l’équipe, recevait quatre appels de victimes par semaine. Elle en dénombre aujourd’hui jusqu’à jusqu'à dix par jour. «On est submergé, depuis l'affaire Weinstein notamment, confie-t-elle au micro d’Europe 1. On a une liste de nouvelles victimes qui ne cesse de se remplir. On n'est plus en capacité de répondre à tout le monde, on n'est plus en capacité d'ouvrir de nouveaux dossiers, ce qui impacte forcément la santé des salariés de l'association».

Une messagerie en attendant

Une messagerie a désormais été mise en place pour inviter les victimes à contacter l’association par mail. Une solution provisoire loin de réjouir les écoutantes, qui déplorent de devoir en arriver là. «C'est de la colère, c'est de la tristesse qu'on ressent aujourd'hui parce qu'on sait l'impact que ça va avoir sur les femmes et on sait le désert auquel elles sont confrontées», regrette Léa. Malgré tout, cet arrêt permettrait de faire avancer les dossiers déjà en cours. Un travail colossal qui pourrait prendre plus d'un an.

«Vous l’aurez compris, cette "pause" imposée ne sera pas de tout repos, et elle n’est pas un soulagement, car nous savons exactement à qui elle profite», conclut l'AVFT.

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