Emmanuel Macron au chevet des banlieues

Plusieurs «mesures concrètes» pour les quartiers sont attendues, mardi 22 mai, de la part d'Emmanuel Macron. [M ASTAR pour SIPA]

Un dossier particulièrement sensible. Le président de la République doit dévoiler, ce mardi 22 mai, son très attendu programme pour améliorer la vie des habitants dans les quartiers défavorisés.

Juste après avoir réuni, pour la première fois, le Conseil présidentiel des villes à l’Élysée, une assemblée de 25 personnalités dont le but est d’alimenter sa réflexion sur ce sujet, le chef de l’État va ainsi, dans la foulée, lever le voile sur une série de «mesures concrètes» à l’occasion d’un grand discours.

Et si celles-ci devraient s’inspirer du rapport Borloo, remis il y a un mois par l’ancien ministre de la Ville, la présidence a prévenu qu’il ne s’agira toutefois pas d’un énième «plan banlieue» de plusieurs milliards d’euros.

Des habitants impliqués

Comme Emmanuel Macron l’avait évoqué il y a six mois à Tourcoing (Nord), il ne veut pas d’une politique spécifique pour les quartiers, mais plutôt aider habitants et élus à trouver les solutions qui leur correspondent.

Partant par exemple du principe qu’à Marseille, «les problématiques se concentrent plus dans le centre-ville, alors qu’en Ile-de-France, c’est en banlieue», le président devrait donc pousser, aujourd’hui, «l’émergence de projets locaux».

Sauf surprise, son projet devrait faire la part belle à l’éducation, en garantissant 30.000 stages de troisième tous les ans aux collégiens des quartiers défavorisés.

Promis depuis plusieurs mois, le «Name and Shame» pourrait aussi voir le jour. Cette pratique d’origine anglo-saxonne consiste à dénoncer publiquement une entreprise discriminant des candidats à l’embauche.

En parallèle, les 10.000 emplois francs (un système de primes aux entreprises qui embauchent des jeunes des quartiers populaires) budgétisés cette année pourraient être doublés, et une hausse substantielle du nombre de places en crèche est espérée.

Surtout, Emmanuel Macron devrait «rappeler que beaucoup de choses ont déjà été faites» en un an, indique-t-on à l’Élysée. C’est le cas de la police de sécurité du quotidien (PSQ), du dédoublement des classes de CP et de CE1 et l’engagement de doubler les fonds alloués à la rénovation urbaine, pour les faire passer de 5 à 10 milliards d’euros.

Une souffrance au quotidien

Quelles que soient les pistes retenues, Emmanuel Macron se sait attendu au tournant. Car, dans les quelque 1.300 quartiers les plus défavorisés de France, où résident près de 5 millions d’habitants, un quart d’entre eux est au chômage, alors que la moyenne nationale est à 9 %.

Près de 42 % de ces citoyens vivent sous le seuil de pauvreté (contre 14,3 % ailleurs dans le pays), et les bénéficiaires du RSA (revenu de solidarité active) y sont deux fois plus nombreux (27,1 % contre 13,6 %).

Un sentiment d’abandon qui peut, parfois, décourager les élus. Fin mars, Stéphane Gatignon, maire de Sevran (Seine-Saint-Denis) depuis 2001, avait démissionné en assurant «qu’il y [avait] de plus en plus une vision de la banlieue lointaine de la part des gouvernants», et parlant de «mépris» de la part de l’Etat.

Emmanuel Macron va donc devoir prouver qu’en rompant avec la logique des plans banlieues – en près de quarante ans, plus d’une dizaine se sont succédé – il fait le bon choix. Un exercice d’autant plus compliqué que le rapport de Jean-Louis Borloo avait créé une grande attente.

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