En France, une violence enracinée

Les syndicats de policiers dénoncent les actes d'intimidation à leur encontre. [BERTRAND LANGLOIS / AFP]

De Marseille à la banlieue parisienne, les faits s'accumulent de jour en jour, et les autorités semblent impuissantes.

Pas de répit face à la délinquance. Des policiers pris pour cible, d’autres «escortés» hors d’un quartier sensible, des dealers qui ne se cachent plus… Les actes de violences et tentatives d’intimidation dans des zones sensibles ont suscité l’émoi cette semaine.

Des événements choquants qui mettent en lumière un phénomène dénoncé par les syndicats policiers, les élus et la population. A savoir le sentiment d’impunité que peuvent éprouver petits ou grands délinquants face aux forces de l’ordre et, plus globalement, la délinquance rampante dans certains quartiers déshérités.

Des violences en tout genre

Certaines villes sont plus que jamais sur le qui-vive et Marseille en est l’illustration parfaite. Sur place, neuf règlements de comptes entre trafiquants ont ainsi déjà été comptabilisés depuis le début de l’année.

Et lundi, en plein après-midi, des assaillants équipés de kalachnikov n’ont pas hésité à braquer leurs armes sur des policiers, dans les quartiers nord.

Dernier fait en date : une incroyable vidéo montrant un véhicule de police chassé d’un parking par une horde d’individus en scooter, visiblement irrités par sa présence.

A Paris, cette semaine aussi, ce sont cinq familles qui ont été expulsées d’un immeuble où elles vendaient librement du crack, menaçant les habitants de représailles s’ils parlaient.

Autant de scènes chocs, dans des zones de quasi «non-droit», qui illustrent le quotidien des «habitants des cités [qui] vivent dans des prisons à ciel ouvert, où les trafiquants jouent le rôle de geôliers», selon la sénatrice LR des Bouches-du-Rhône, Samia Ghali, qui s’est encore une fois dit favorable à une intervention de l’armée dans certaines zones.

«Vous avez aujourd’hui à faire à un manque de peur de la part de la “voyoucratie”», explique de son côté, sur Europe 1, le secrétaire général du syndicat Alliance, Jean-Claude Delage, jugeant «inacceptable» que certains puissent «faire la loi sur le territoire national».

D’autant que les fonctionnaires eux-mêmes se disent démunis face à ces violences et réclament davantage de moyens matériels et humains pour lutter contre.

La crainte de la population, elle, demeure forte. Près d’un habitant sur deux (44 %) des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) estime ainsi que l’action locale des forces de l’ordre n’est «pas efficace», et parmi eux, plus d’un tiers (36 %) ressent de l’insécurité, selon une étude de l’ONDRP publiée fin avril.

L’Etat en quête de solutions

Face à cette menace qui empoisonne l’existence de milliers de Français, les autorités cherchent encore la réplique. Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a déjà annoncé l’affectation de «soixante policiers supplémentaires» à Marseille d’ici à 2019.

Fustigeant une situation qui a «conduit à un embrasement», Emmanuel Macron a, de son côté, demandé «pour juillet» un «plan de mobilisation contre le trafic de drogue», mais exclu tout coup de pouce financier pour les quartiers.

D’où la déception des maires de plusieurs villes de banlieue, sortis «écœurés» et «bredouilles» de l’Elysée mardi. Une colère qui fait écho à la démission de l’édile de Sevran (Seine-Saint-Denis), Stéphane Gatignon, en mars dernier, pour protester contre la faiblesse des politiques menées dans les banlieues.

À suivre aussi

Ailleurs sur le web

Derniers articles