François de Rugy : la délicate mission verte

Succédant à Nicolas Hulot, l’ancien président de l’Assemblée va s’atteler à de très nombreux dossiers épineux.

Les spéculations autour de la succession de Nicolas Hulot auront duré six jours. Hier, Emmanuel Macron a tranché. François de Rugy a été nommé ministre de la Transition écologique. L’ex-député Europe-Écologie-Les Verts et candidat à la primaire socialiste en 2017 quitte ainsi la présidence de l’Assemblée nationale (où Richard Ferrand est pressenti pour lui succéder) pour prendre la tête d’un ministère où les projets à mener ne manquent pas.

Il lui faudra ainsi réussir là où son prédécesseur a échoué. Un véritable casse-tête, alors que le pays l’attend au tournant, de même que l’Elysée, qui ambitionne de redonner une image plus «verte» à son quinquennat.

Des dossiers compliqués

En quittant son poste, Nicolas Hulot n’a pas caché ses difficultés à imposer sa volonté de sortir du nucléaire. Si le candidat Macron promettait une baisse de l’énergie atomique de 75 à 50 % d’ici à 2025, l’ancien ministre avait rapidement dénoncé le manque de moyens mis à l’œuvre pour atteindre cet objectif. François de Rugy devra donc jongler entre les attentes, alors qu’un récent rapport recommande la construction de six nouveaux EPR.

Il lui faudra également aborder la question des énergies renouvelables, amenées à se développer pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et l’épuisement des ressources fossiles. Après le solaire et l’éolien terrestre, le ministre devra s’occuper des parcs marins. Plusieurs projets sont attendus lors du quinquennat, alors que de nombreuses voix s’élèvent contre ces installations.

Quel avenir pour le plan biodiversité de Hulot ?

Autre dossier chaud, celui des transports. Le projet de loi d’orientation sur les mobilités devait initialement se faire à la rentrée, et Nicolas Hulot était parvenu à y inclure un plan vélo ambitieux. Mais, entre-temps, celui-ci semble avoir été vidé de sa substance. Le nouveau ministre pourrait également batailler sur la proposition de taxer le transport routier de marchandise.

Il devra aussi monter au front pour l’introduction des produits bio ou écologiques dans les cantines scolaires (Emmanuel Macron en avait promis au moins 50 % d’ici à 2022) et sur le dossier des herbicides et pesticides dans l’agriculture, où la non-interdiction du glyphosate a cristallisé les tensions au moment du départ de Nicolas Hulot. Celui-ci parti, l’avenir du projet de décret pour la biodiversité, toujours en consultation, repose maintenant entre les mains de son successeur.

L’opinion publique à convaincre

A travers ces dossiers concrets, le nouveau ministre est confronté à un challenge politique. Alors qu’il s’était fait le porte étendard mondial de la cause écologique l’été dernier en lançant son désormais célèbre «Make our planet great again», Emmanuel Macron a désormais perdu sa pièce-maîtresse dans le débat environnemental.

«Nicolas Hulot symbolisait par sa seule personne le combat pour l’écologie et il a savonné la planche en expliquant que rien n’était fait pour cela», analyse le politologue Philippe Moreau-Chevrolet. Selon lui, François de Rugy devra se montrer fin stratège très rapidement. Car, «s’il n’égalera jamais la popularité de son prédécesseur, il saura en revanche vendre les mesures à l’opinion public et dialoguer avec les associations». Un défi à la hauteur des attentes actuelles.

 

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