Les prix montent, la colère aussi

L’accroissement des tarifs, appliqué dans la grande distribution, vise à mieux épauler les producteurs du pays. L’accroissement des tarifs, appliqué dans la grande distribution, vise à mieux épauler les producteurs du pays.[© allili mourad/sipa]

Un passage en caisse douloureux. A partir de ce vendredi, les prix de centaines de produits alimentaires très populaires vont augmenter dans toute la grande distribution à travers le pays.

Une conséquence de la mise en application des mesures prises dans le cadre de la loi Alimentation, votée en octobre dernier. L’objectif est de garantir aux producteurs et aux agriculteurs une meilleure rémunération. Mais cela entraîne des répercussions sur le pouvoir d’achat, et donc des inquiétudes.

Des REMOUS DANS LES rayons

Dans les faits, une bouteille de soda passera par exemple de 1,39 euro à 1,46 euro. Un pot de pâte à tartiner affichera 4,39 euros, au lieu de 4,05 euros. Ou encore, un apéritif anisé atteindra 20,61 euros, contre 18,75 euros jeudi. Des petites hausses qui vont concerner au total des centaines de produits, mais qui seraient nécessaires, selon Didier Guillaume, le ministre de l’Agriculture. Elles s’expliquent par une modification de la pratique dite de revente à perte.

A partir de ce vendredi, les magasins sont ainsi obligés de vendre les produits les plus consommés en faisant une marge d’au moins 10 %. Par exemple, un produit acheté 10 euros ne pourra pas être mis en rayon en dessous de 11 euros. Ce faisant, les enseignes gagneront suffisamment pour ne pas rogner sur le prix d’achat versé aux petits producteurs, les plus fragiles. La mesure a pour conséquence une hausse, en moyenne de 6,3 %, de la valeur des articles.

Ce qui ne manque pas de susciter la colère, à plusieurs niveaux. «Les grandes marques vont être plus chères, c’est sûr, est-ce que les gens vont pouvoir continuer à acheter ?», s’alarmait, jeudi, Lionel Maugain, de 60 millions de consommateurs.

«Je trouve le ministre de l’Agriculture très optimiste, lorsqu’il dit que ça ne fera que 50 centimes de plus par mois», a ajouté de son côté Jean-Yves Mano, président de l’association de consommateurs CLCV. Selon l’Autorité de la concurrence, le budget alimentation pourrait ainsi augmenter de «10 à 78 euros par an et par ménage».

Certains distributeurs n’ont pas hésité non plus à exprimer leur désaccord. «On nous demande d’aller taper les consommateurs, avec un argumentaire pour faire croire que ça va aller chez les agriculteurs, ce qui est n’importe quoi», s’indignait ainsi jeudi le géant de la grande distribution Michel-Edouard Leclerc, sur Franceinfo

Une période compliquée

La hausse est d’autant plus mal perçue qu’elle intervient dans un contexte déjà particulièrement tendu sur le sujet du pouvoir d’achat. Il s’agit en effet du thème central des revendications des gilets jaunes, qui préparent pour samedi leur douzième samedi de mobilisation.

Le calendrier n’est donc pas optimal pour le gouvernement, qui cherche à montrer, depuis l’annonce, début décembre, des 10 milliards d’euros de mesures sociales, qu’il agit pour redonner aux ménages la capacité de consommer.

Une volonté ralentie par ces augmentations, même si certains y voient du positif sur le long terme. «Le consommateur verra bien, quand l’ensemble de tout ceci sera terminé, qu’en réalité c’est une opération positive pour tous», explique ainsi Jacques Creyssel, de la Fédération du commerce et de la distribution.

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