Veto sur la fusion entre Alstom et Siemens : le gouvernement dénonce une «faute politique et économique»

Pour la secrétaire d'État auprès du ministre de l'Economie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher, la décision de la Commission européenne est «à côté de la plaque».[LUDOVIC MARIN / AFP]

La Commission européenne a interdit mercredi l'union de l'allemand Siemens et du français Alstom. Une décision «à côté de la plaque» pour la secrétaire d'État auprès du ministre de l'Economie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher.

«La Commission a interdit la concentration parce que les entreprises n'étaient pas disposées à remédier aux importants problèmes de concurrence que nous avons relevés», a déclaré Margrethe Vestager, Commissaire chargée de la Concurrence, lors d'une conférence de presse à Bruxelles, après avoir mis son veto au projet de fusion.

«En l'absence de mesures compensatoires suffisantes, cette concentration aurait entraîné une hausse des prix pour les systèmes de signalisation qui assurent la sécurité des passagers et pour les futures générations de trains à très grande vitesse», a ajouté la Danoise

La secrétaire d'État auprès du ministre de l'Economie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher, a rapidement réagi, estimant que la décision de Bruxelles est «à côté de la plaque».

Le gouvernement a dénoncé une «faute politique et économique» et indiqué réfléchir à d'autres «possibilités de consolidation pour Alstom».

Mercredi matin, le ministre français des Finances Bruno le Maire avait anticipé cette décision. «Je crois que les jeux sont faits», avait-il affirmé sur France 2, parlant d'une «erreur économique» qui «va servir les intérêts» de la Chine

De son côté, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, avait défendu mardi, dans un discours à Bruxelles, la politique européenne de la concurrence. Elle avait été vivement attaquée ces dernières semaines par les gouvernements français et allemand, ainsi que par les industriels de ces deux pays.

La commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, le 5 décembre 2018 à Bruxelles [Aris Oikonomou / AFP/Archives]
La commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, le 5 décembre 2018 à Bruxelles [Aris Oikonomou / AFP/Archives]

«Nous permettrons toujours une concurrence équitable pour les entreprises et, en fin de compte, pour les consommateurs (...) Nous ne ferons jamais de politique ou de favoritisme quand il s'agit d'assurer des règles du jeu équitables», a lancé le Luxembourgeois.

Margrethe Vestager, cible d'attaques de Paris et Berlin

Autrefois encensée par le président français Emmanuel Macron pour son intransigeance vis-à-vis des GAFA, Mme Vestager est devenue la cible d'attaques plus ou moins directes de Paris et Berlin.

Les ministres de l'Economie français et allemand, Bruno Le Maire (à gauche) et Peter Altmaier, le 11 juillet 2018 à Paris [ERIC PIERMONT / AFP/Archives]
Les ministres de l'Economie français et allemand, Bruno Le Maire (à gauche) et Peter Altmaier, le 11 juillet 2018 à Paris [ERIC PIERMONT / AFP/Archives]

La Commission européenne, qui dispose depuis 1989 d'un droit de veto sur les grands projets de fusion, n'en a pas souvent fait usage. En près de trente ans, plus de 6.000 fusions ont été approuvées et moins d'une trentaine ont été bloquées. Depuis le début de son mandat, fin 2014, Mme Vestager n'avait interdit que trois rapprochements, jusqu'à ce jour.

Les deux groupes, français et allemand, avaient tenté d'amadouer la Commission européenne par des mesures compensatoires, en vendant certaines activités. En vain, si bien qu'ils se sont préparés à ce veto.

Alstom et Siemens Mobility repartiront «chacun de leur côté» en cas d'entrave à leur rapprochement, avait indiqué le PDG d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge, au quotidien français Figaro, à paraître mercredi.

Siemens, de son côté, avait laissé entendre qu'en cas de refus, il n'excluait pas une introduction en Bourse de sa rentable branche Mobility.

L'interdiction de la fusion devrait faire le bonheur des syndicats belge et français d'Alstom. Ils avaient réitéré lors d'une rencontre avec Mme Vestager à Paris le 21 janvier dernier leur opposition au projet, craignant d'importantes suppressions de postes.

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