Des débats à trancher

Après deux mois de concertations sans accroc, les Français attendent désormais de vrais changements.

Après le dialogue, place au bilan. Le grand débat national, lancé sur l’ensemble du territoire par Emmanuel Macron à la mi-janvier en réponse à la crise des gilets jaunes, prend officiellement fin aujour­d’hui.

Bien que critiqué, l’exercice, historiquement inédit à l’échelle du pays, a eu le mérite de remettre les revendications sociales et le renouveau démocratique au cœur des préoccupations. L’occasion, pour les citoyens, d’ajouter leur pierre à l’édifice national.

Des réunions en nombre

Optimiste, le gouvernement se félicite du succès de l’opération. «On regarde désor­mais le grand débat comme une spécificité française», abonde le Premier ministre, Edouard Philippe. Au total, plus de 1,4 million de contributions ont été recensées sur le site, soit en moyenne quatre par répondant, et au moins 400.000 personnes ont participé aux 10 300 réunions organisées sur le terrain (mairies, gymnases, prisons…). Sans compter les 16 000 cahiers de doléances déposés par les mairies. Et, si le sud du pays s'est davantage mobilisé, aucune région n’a été oubliée.

Parmi les sujets mis sur table : la justice fiscale, le maintien des services publics, le retour de l’ISF, ou encore l’écologie, mais aussi des thèmes moins ­attendus, comme les inégalités salariales, l’immigration, l’accès aux soins, la lutte contre la spéculation… Requête pourtant phare des ­gilets jaunes, le référendum d’initiative citoyenne (RIC) a été moins priorisé que prévu.

Côté politique, LREM a elle-même émis des pistes de ­réflexion, dont la ­réindexation des ­retraites sur l’inflation et la prise en compte du vote blanc. Soucieux de montrer qu’il n’était pas «déconnecté», ­Emmanuel Macron a participé à une dizaine d’assemblées, en présence de maires et de particuliers. Un tour de France qu’il va poursuivre prochainement, notamment en Corse et en Bretagne. En outre, des conférences ­citoyennes sont lancées ­aujourd’hui en régions : des centaines de Français, tirés au sort et représentatifs, vont délibérer lors d’ateliers participatifs avant de remettre leur diagnostic à l’Etat.

«Ce débat est une victoire pour les gilets jaunes, qui ont réussi à imposer un dialogue sur des sujets épineux, mais surtout pour l’exécutif, qui a pu en ­encadrer les thèmes et conforter son ­assise électorale dans les territoires», ­estime le ­politologue Philippe Moreau Chevrolet. Attendu au tournant, le ­gouvernement se donne un mois pour trancher, précisant que des ­mesures seront dévoilées au compte-gouttes «jusqu’à l’été».

Une population sceptique

Reste à savoir si les propositions séduiront. Car le débat est critiqué depuis ses débuts, qualifié aussi bien d’«enfumage» que de «manœuvre» en vue des européennes. Désignés par l’Etat, les ­garants du débat ont eux-mêmes ­déploré, cette semaine, les interventions répétées du président, qui ont permis de relancer sa popularité. L’opinion se dit aussi sceptique : deux tiers des Français pensent que ce grand débat ne permettra pas de sortir de la crise (70 %), et que l’exécutif ne tiendra pas compte de leurs contributions (63 %), selon un sondage Elabe. Pour Philippe Moreau Chevrolet, «le mouvement des gilets jaunes a été un avertissement. Si Emmanuel Macron, n’en tire aucune leçon et ne fait pas d’actes forts, le risque est d’aboutir à une crise encore plus grave». 

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