Notre-Dame : un mois après l’incendie, où en est l’enquête ?

Toutes les hypothèses vont être prises en compte par les autorités. [JOEL SAGET / AFP]

Il y a un mois, le 15 avril, la flèche de la cathédrale Notre-Dame s’effondrait, pendant que les volutes de fumée du gigantesque incendie qui la consumait s’élevait dans le ciel de Paris. Depuis, les enquêteurs sont à pied d’œuvre pour comprendre ce qui a pu produire une telle catastrophe.

que font les enquêteurs ?

Leur travail est long et fastidieux. Après avoir interrogé les témoins de l’incendie et visionné les images à leur disposition, ils se sont rendus sur site pour collecter des éléments et des indices, leur permettant de comprendre ce qu’il s’est passé. Le but était de recréer l’ordre chronologique de la propagation du feu, indique Julien Dapremont, expert en investigation post incendie pour GM Consultant.

Actuellement, ils examinent le cœur du foyer, l’endroit le plus détruit de la cathédrale, en relevant la carbonisation des poutres et la déformation des structures. Ils procèdent également au tamisage des cendres, pour retrouver des vestiges (des petits éléments) de ce qui a brûlé (appareils électroniques, fils électriques…). Une tâche qui peut durer très longtemps, d’autant que comme pour tout bâtiment classé, les éléments récupérés seront également mis à disposition des experts en patrimoine, pour la préservation de certaines pièces.

«Ensuite, plusieurs scénarios seront établis, qu’il faudra valider ou invalider», détaille Julien Dapremont. «Pour cela, des simulations numériques, en plus de l’expérience des experts, pourront être faites pour savoir si un départ de feu à tel ou tel endroit du bâtiment a pu avoir les conséquences qui ont été remarquées sur le terrain».

Pour le moment, plusieurs scénarios ont déjà été avancés.

Un court-circuit ?

Selon les informations de certains de nos confrères, un court-circuit électrique sur le dispositif des ascenseurs des échafaudages serait la cause de l’incendie. Une hypothèse possible, selon l’expert, qui indique qu’un tel problème aurait alors entraîné l’échauffement d’un câble, ou la carbonisation lente de l’isolant, permettant, par un arc électrique, l’embrasement d’un élément et le début de l’incendie.

Un point chaud ?

Une autre piste à envisager est celle d'un départ du feu qui proviendrait d’un «point chaud». Ce terme comprend les opérations de découpage de métaux, de perçage, de soudure, ou tout autre acte susceptible de générer de la chaleur, des étincelles ou des flammes. Comme le rappelle Julien Dapremont, ces travaux s’accompagnent à chaque fois d’une série de mesures préventives, appelées «permis feu», pour éviter justement les risques d’incendie. Dans les faits, il s’agit par exemple d’avoir toujours un extincteur à proximité, de mettre à l’écart les matières combustibles, d’inspecter la zone de travaux une fois ceux-ci terminés et de maintenir une surveillance accrue pendant au moins deux heures après leur fin.

Si ces points chauds sont particulièrement à surveiller, c’est qu’ils produisent un effet de combustion lente. «Dans le bois qui n’est pas dense, comme quand il est ancien ou vermoulu, de l’air peut passer et va permettre d’alimenter une faible combustion», explique l’expert en incendie. «Le feu se propage à couvert puis va surgir à un endroit et commencer à grossir. Des pompiers ont déjà eu à faire avec un feu qui s’était propagé dans une poutre, pour ressortir plusieurs étages au-dessus. Avec le bois ancien, c’est un phénomène connu».

Des erreurs commises ?

Le feu aurait-il donc pu couver plusieurs temps avant de se déclarer ? Les moyens de surveillance et de préventions étaient-ils suffisants et respectés ? L’enquête y répondra.

Toujours est-il que, selon Marianne, aucun permis feu (qui sont délivrés au jour le jour en fonction des travaux prévus) n’avait été signé le 15 avril. Mais puisqu’une première alerte s’était déclenchée au PC sécurité, à 18h20, les moyens de détection étaient donc opérants, indique l’hebdomadaire. Pourtant, l’agent qui s’est rendu sur place n’avait rien remarqué. Selon Libération, il avait en fait inspecté un mauvais endroit. Le feu s’est alors déclaré dans la flèche, à 18h43. Trop gros pour l’éteindre avec un simple extincteur, l’appel d’urgence aux pompiers est survenu sept minutes plus tard.

Là encore, si les faits rapportés par nos confrères sont réels, l’enquête devra déterminer où la faute a été commise.

La faute à un mégot ?

Il est désormais admis que des ouvriers fumaient sur le chantier de la cathédrale. Leurs cigarettes auraient-elles alors pu causer un incendie d’une telle ampleur ? «Si elles continuaient à se consumer après les avoir jetées, c’est une possibilité, ça s’est déjà vu», assure Julien Dapremont. «Les enquêteurs sont obligés d’envisager toutes les hypothèses, même les moins possibles». En revanche, selon lui, les sept mégots retrouvés parmi les décombres ne peuvent pas être à l’origine du sinistre. Si cela avait été le cas, ils se seraient retrouvés au cœur du brasier et aurait été carbonisés.

D’autres hypothèses ?

Si l’expert en investigation post incendie affirme que rien ne peut être mis de côté dans les causes du feu qui a ravagé Notre-Dame, il écarte cependant la foudre, puisqu’aucun orage ne survolait Paris à ce moment-là. Parmi d’autres hypothèses à prendre en compte, il note en revanche celle d’une batterie au lithium, qui aurait pu être utilisée sur le chantier (il s’agit là d’une supposition). Fragilisée par un choc ou une chute, elles peuvent alors s’enflammer. «Mais dans ce cas, les enquêteurs trouveront forcément des vestiges de l’appareil», pointe-t-il.

Et la piste criminelle ? Comme les autres, elle n’est pas à écarter. Mais, là aussi, des traces seraient fatalement retrouvées (produits ayant initié ou accéléré le feu).

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