Elections européennes : une tendance au vert

La percée verte est avant tout une réussite personnelle pour la tête de liste d'EELV, Yannick Jadot, qui avait pris le risque de partir seul à la bataille. La percée verte est avant tout une réussite personnelle pour la tête de liste d'EELV, Yannick Jadot, qui avait pris le risque de partir seul à la bataille. [© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP]

Les feux sont au vert. Au lendemain des européennes, l’écologie est plus que jamais de retour au centre des préoccupations.

Avec 13,5 % des voix, derrière le RN (23,5 %) et LREM (22,5 %), la liste d’EELV, conduite par Yannick Jadot, s’est en effet imposée comme la troisième force du scrutin, et la première des partis de gauche, profitant de la déroute des socialistes et des Insoumis. Sans atteindre son record de 2009 (16,3 %), elle dépasse haut la main les 9 % obtenus en 2014.

Avec douze eurodéputés à la clef, les Verts peuvent espérer devenir un interlocuteur crédible et indispensable, tant au Parlement européen, grâce à de nouveaux alliés tout juste élus, que sur la scène politique française.

La jeunesse mobilisée

Deuxième à Paris, Lyon ou encore Bordeaux avec plus de 20 % des voix, des scores supérieurs à 40 % dans plusieurs communes… La percée verte est avant tout une réussite personnelle pour Yannick Jadot, qui avait pris le risque de partir seul à la bataille en refusant toute alliance partisane et en défendant une écologie «authentique» face aux «opportunistes» adeptes du «greenwashing». «Il a voulu sortir EELV du courant de gauche qui lui collait à la peau, et centrer sa campagne sur les sujets purement environnementaux», relève Stéphane Rozès, enseignant à Sciences-Po. Une stratégie qui a porté ses fruits, car il y a, selon lui, «toujours une prime à ceux qui ne se battent pas sur des enjeux politiciens, mais des sujets de fond».

Autre raison de cette vague écologiste : l’urgence climatique, devenue une priorité pour les électeurs. A commencer par les jeunes qui, régulièrement, défilent dans la rue ou sèchent le lycée pour protester contre l’inaction des dirigeants. Sans surprise, plus d’un quart des 18-34 ans, souvent diplômés, ont ainsi voté pour la liste verte, quel que soit leur niveau de revenus (contre 5 % des plus de 70 ans).

L’échappée d’EELV est d’autant plus décisive que la France n’est pas le seul pays où souffle un vent d’écologie. Les homologues des Verts sont arrivés deuxièmes en Allemagne, derrière le camp d’Angela Merkel, ont presque doublé leur score de 2014 au Royaume-Uni, et ont gravité autour de 10 % des voix en Autriche, en Irlande ou encore en Scandinavie – du jamais vu.

Résultat, si le Parti populaire européen et les sociaux-démocrates demeurent les deux principaux groupes de l’hémicycle européen, ils perdent leur capacité de réunir à eux seuls une majorité. Et devront dès lors composer avec, entre autres, les écologistes, qui passeraient de 52 à 69 sièges.

La difficulté de rassembler

Tout le défi des Verts, habitués à de bons scores aux européennes, mais incapables de révolutionner l’UE seuls, est désormais de rassembler pour peser davantage sur les décisions. Un travail de long terme qui commence sur la scène nationale. «EELV doit retrouver une crédibilité populaire, en alliant la question sociale à la préservation du climat et de la biodiversité, leur cheval de bataille», selon Stéphane Rozès.

Sauf que la division de la gauche, mise en lumière par ce scrutin, risque de compliquer la tâche, tout comme le sursaut du PS qui, à 6,3 %, veut porter peu ou prou les mêmes ambitions vertes qu’EELV. Une chose est sûre : dans «l’acte 2» de son quinquennat, le chef de l’Etat pourra difficilement ignorer la parole «écolo».

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