Laurent Wauquiez démissionne de la présidence des Républicains

[LIONEL BONAVENTURE / AFP]

Laurent Wauquiez a annoncé dimanche sur TF1 sa démission de la présidence des Républicains (LR), une semaine après la déroute historique du parti (8,48%) aux élections européennes.

«Les victoires sont collectives, les défaites sont solitaires. Il faut que je prenne mes responsabilités [...] Je vais prendre du recul. Je me retire de mes fonctions de président des Républicains», a déclaré Laurent Wauquiez, pressé depuis une semaine de quitter ses fonctions à la tête de LR par plusieurs médias de droite. 

A la tête des Républicains pendant 18 mois, jusqu'à la déroute aux européennes, Laurent Wauquiez, 44 ans, est un surdiplômé qui n'avait jamais fait mystère de ses ambitions pour l'Élysée, contrariées par une image d'«insincérité» qui lui colle à la peau.

Depuis les 8,48% de François-Xavier Bellamy, c'était la curée. Nombreux étaient les dirigeants de droite à le presser de démissionner. «A sa place», Valérie Pécresse serait partie dès le lendemain du scrutin. Gérard Larcher n'a «demandé la démission de personne» mais initié une «démarche» politique aboutissant, in fine, à le contourner.

Dans les rangs inférieurs, les critiques sur la ligne droitière se faisaient mezza vocce. La déroute a délié les langues. «Le conservatisme sociétal et les questions identitaires seuls ne nous permettront jamais de gagner l'élection présidentielle», selon le vice-président Damien Abad. Beaucoup de cadres LR, y compris des soutiens, déploraient encore un management «solitaire», orchestré avec une petite équipe de collaborateurs fidèles, au premier rangs desquels son «très précieux» directeur de cabinet, Arnaud Beuron. «On a fait cette campagne tous ensemble. Mais c'est moi qui suis le président de notre famille» et «il faut que je prenne mes responsabilités», a répondu l'intéressé dimanche soir, en annonçant sa démission.

A droite, bien peu de monde défendait encore Laurent Wauquiez ces derniers jours, hormis quelques dirigeants. «Une telle détestation confine à l'irrationnel», se désolait l'un d'eux. «L'image de Laurent ne correspond pas à la personne qu'il est: quelqu'un d'intelligent, cultivé, qui a de l'humour, de l'autodérision», assurait un autre. «Pourquoi cet écart entre ce que je suis et l'image qui est donnée», s'est-il lui-même interrogé dimanche sur TF1. «Sans doute que, parfois, je suis trop dur. C'est comme ça, en tout cas, que les gens l'ont perçu.» 

«Toujours dans sa présidentielle»

 Avec le crash historique de la liste Bellamy - le pire score de la droite sous la Vè République -, Laurent Wauquiez a été confronté à son premier véritable échec personnel.

«En politique, le juge de paix, c'est quand même l'élection. Or Laurent n'en a jamais perdu aucune», expliquait encore récemment son entourage face aux critiques. C'est désormais chose faite, même si l'intéressé n'était pas lui-même candidat. Bâtisseur d'une «nouvelle droite» dans un parti dépeuplé par les nombreux ralliements à Emmanuel Macron, M. Wauquiez avait déjà défrayé la chronique en 2018 avec ses déclarations au vitriol, enregistrées à son insu, devant des étudiants lyonnais épargnés du «bullshit» réservé aux «plateaux médiatiques». «Il a installé un soupçon d'insincérité permanent», observe un ténor de LR.

Ses détracteurs insistent sur les méandres du parcours de ce protégé du centriste Jacques Barrot, devenu leader d'une droite qui «ne baisse pas la tête». De cet ex-ministre des Affaires européennes auteur en 2014 d'un livre prônant de «tout changer» en Europe.

Chaque épisode vient alimenter cette machine infernale: de sa supposée proximité avec Soeur Emmanuelle, constamment démentie par une proche de la religieuse, à ce gilet jaune qu'il a affirmé n'avoir «jamais porté» avant d'être démenti par une photographie. En dépit de ce persistant problème d'image, ce natif de Lyon avait jusqu'ici connu une ascension linéaire: député à 29 ans, membre des gouvernements Sarkozy-Fillon de 2007 à 2012, maire du Puy-en-Velay en 2008 réélu au premier tour en 2014, président d'Auvergne-Rhône-Alpes depuis décembre 2015 et confortablement élu à la tête du parti fin 2017. 

Difficile de cerner la personnalité réelle de ce surdiplômé, major de l'ENA, normalien et agrégé d'histoire qui «fai[t] des fautes d'orthographe» de son écriture saccadée de gaucher. Un homme dont la silhouette rectiligne (1,91m) et la chevelure poivre et sel contrastent avec un rire sonore et enfantin, marié à une administratrice du Sénat et père de deux enfants. 

Avant de démissionner, Laurent Wauquiez était «toujours dans sa présidentielle de 2022», croyait savoir un dirigeant de LR. Interrogé sur ses ambitions dimanche soir, il a éludé: «Je vais juste me consacrer à me battre pour les habitants (de la région Auvergne Rhône-Alpes), qui m'ont fait confiance. Voilà ce que je vais faire».

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