Travaux, dons, pollution : quel bilan à Notre-Dame, trois mois après ?

Le chantier de Notre-Dame de Paris, endommagée par un incendie le 15 avril, le 9 juillet 2019 [BERTRAND GUAY / AFP/Archives] Le chantier de Notre-Dame de Paris, endommagée par un incendie le 15 avril, le 9 juillet 2019 [BERTRAND GUAY / AFP/Archives]

15 avril : les images de la cathédrale Notre-Dame, ravagée par les flammes, font le tour de la planète. Point d'étape, trois mois après la catastrophe qui a transformé ce joyau gothique, en plein centre de Paris, en vaste chantier.

TRAVAUX

«Le risque est toujours réel que la voûte s'effondre, c'est pour cela qu'on ne peut pas circuler ni dans la nef, ni dans le transept, ni dans le choeur, seulement dans les bas-côtés» de la cathédrale, explique Jean-Michel Loyer-Hascoët, de la direction générale des patrimoines au ministère de la Culture. L'heure est donc toujours à la sécurisation du site, avec d'une part, l'installation de cintres pour solidifier les arc-boutants et d'autre part, le déblayage au moyen de robots des gravats (pierres, bouts de bois...) présents dans la nef.

Ces travaux sont menés par les équipes qui œuvraient déjà à la restauration de la cathédrale avant l'incendie, auxquels s'ajoutent d'autres corps de métier spécialisés. Au total, «une centaine de personnes» sont à pied d'oeuvre chaque jour pour sécuriser le site. Le processus devrait durer jusqu'à l'automne, puisqu'il faut aussi installer un plancher sous et sur la voûte et démonter l'échafaudage de la flèche.

Photo aérienne prise de Notre-Dame de Paris, le 12 juin 2019 [Lionel BONAVENTURE / AFP/Archives]
Photo aérienne prise de Notre-Dame de Paris, le 12 juin 2019

Cette opération est «extrêmement délicate : il suffit qu'un morceau tombe sur la voûte pour entraîner un autre morceau de voûte», souligne M. Loyer-Hascoët. C'est seulement une fois ce chantier terminé que l'architecte en chef devrait pouvoir fournir un diagnostic, étape nécessaire pour lancer ensuite la restauration.

- POLLUTION -

Début juillet, un article de Mediapart sème le trouble en évoquant des taux de plomb 400 à 700 fois supérieurs au seuil autorisé, dans et autour de la cathédrale, donc potentiellement dangereux pour les riverains, les touristes et les ouvriers. Sans confirmer ou infirmer ces niveaux, l'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France reconnait «ponctuellement des valeurs élevées» de plomb.

«La pollution est surtout sur la cathédrale, là où se sont déposées les poussières de plomb, mais pas dans l'air», souligne M. Loyer-Hascoët. Après l'incendie, les riverains ont été invités à nettoyer leurs logements. Des mesures ont été faites dans les écoles et crèches alentour. Quant aux ouvriers, ils doivent suivre un protocole précis (pédiluve, sas de sécurité, sas de décontamination, douche) et porter une combinaison étanche, un masque et des chaussures de sécurité.

La flèche de Notre-Dame de Paris s'effondre pendant le spectaculaire incendie du 15 avril 2019 [Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP/Archives]
La flèche de Notre-Dame de Paris s'effondre pendant le spectaculaire incendie du 15 avril 2019

Un traitement est en outre prévu pour tous les objets qui sortent de Notre-Dame et un «nettoyage de l'ensemble de la cathédrale est prévu au fur et à mesure : on va cloisonner les parties propres jusqu'à ce qu'on ait nettoyé» l'ensemble, précise-t-on au ministère. «Marcher sur du plomb ne présente strictement aucun risque», a martelé cette semaine le préfet de Paris, Didier Lallement, interpellé par des élus au Conseil de Paris. Les risques pour la santé existent «en cas d'ingestion du plomb», a-t-il souligné.

ENQUÊTE 

Côté judiciaire, le parquet de Paris a terminé son enquête préliminaire fin juin, en privilégiant la thèse de l'accident. Parmi les causes possibles de l'incendie, il envisageait celle d'un dysfonctionnement électrique ou d'une cigarette mal éteinte.

Désormais, ce sont des juges d'instruction qui sont chargés de mener les investigations et de déterminer précisément l'origine du drame.

DONS 

Après l'incendie, l'élan de générosité a été considérable, avec environ 850 millions d'euros promis par des grandes fortunes, des particuliers et des entreprises... Et une polémique sur les réductions d'impôt dont peuvent bénéficier les donateurs. «Un peu plus de 10%» de ces promesses de dons ont été «concrétisées», selon le ministre de la Culture, Franck Riester. «C'est un peu normal : pour les gros donateurs, il y a des conventions très rigoureuses qui prennent du temps. Bien sûr, on aura plus», a estimé lundi Mgr Aupetit, archevêque de Paris, se montrant résolument confiant.

Même son de cloche à la Fondation Notre-Dame, qui a récolté 38 millions d'euros, dont 20 millions de la part des familles des milliardaires Bernard Arnault et François Pinault, qui ont promis respectivement 200 et 100 millions pour rebâtir la cathédrale. «Ces deux mécènes m'ont écrit pour me confirmer les montants», affirme Christophe Rousselot, délégué général de la Fondation. «Je n'ai pas l'ombre d'une inquiétude».

La Fondation de France a de son côté reçu 9 millions sur les 20 promis.

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