Mobilisation contre les retraites : pourquoi les avocats entrent dans la danse

Les robes noires dans la rue. Les avocats sont appelés à se mobiliser, lundi 16 septembre, contre la réforme des retraites. A l'instar des infirmiers, médecins ou hôtesses de l'air, qui eux aussi défileront à Paris, ils veulent défendre le régime spécial dont ils bénéficient.

Contrairement aux autres professions libérales, les avocats ont en effet leur propre régime de retraite. Un régime de base d'abord auquel s'ajoute un régime complémentaire réservé à leur profession.

Mais dans le cadre de la réforme voulue par Emmanuel Macron, ce régime spécial, comme la quarantaine d'autres qui existent aujourd'hui en France, est amené à disparaître.

Tous devraient en effet fusionner dès 2025 afin de laisser place à un «régime universel» par points où, selon l'argumentaire du gouvernement, «1 euro cotisé donne les mêmes droits quel que soit le moment où il a été versé et quel que soit le statut de celui qui a cotisé.»

la profession craint une hausse des cotisations

Une thèse à laquelle n'adhèrent pas du tout les avocats pour qui ce nouveau système universel constitue, selon eux, une véritable menace pour leur profession.

Interviewée récemment à ce sujet, Christiane Feral-Schuhl, la présidente du Conseil national des barreaux (CNB) explique en effet que si la réforme passe en l'état, les cotisations que les avocats doivent verser à leur caisse de retraite allaient doubler «pour au moins un professionnel sur deux.»

Interrogée par Le Point, la spécialiste a ainsi indiqué que «contrairement aux salariés et aux fonctionnaires, dont les cotisations sont prises en charge à 60 % par l'employeur, les professions libérales ont, elles, cette part à leur propre charge.»

D'une façon générale, les professionnels estiment que leurs cotisations retraites passeraient ainsi de 14 % en moyenne à plus de 28 %.

Une charge, disent-ils, beaucoup trop importante à assumer pour les petits cabinets, qui se retrouveraient donc menacés. «A terme, cela signifie aussi un accès à la justice encore détérioré pour les citoyens», ajoute à cet égard, le bâtonnier du barreau de Limoges (Haute-Vienne), Frédéric Olivé.

Un régime spécial «spolié»

Autre point de cristallisation de la colère des robes noires, la disparition du régime «autonome» des avocats, géré par la Caisse nationale des barreaux français, est considérée dans les rangs de la profession comme une véritable «spoliation».

En cause : les 2 milliards d'euros de réserves financières de leur caisse spéciale de retraite, amenés à se confondre dans le futur système. Une disparition qui, de fait, entraînerait une baisse mécanique du montant des pensions.

Des réserves accumulées d'autant plus au prix d'efforts bâtis autour d'un modèle de caisse de retraite «autonome, solidaire et pérenne», avance encore Christiane Feral-Schuhl.

«Non seulement nous ne coûtons pas un euro au contribuable, mais en plus nous reversons chaque année 80 millions d'euros au régime général. Pourquoi remettre cela en cause ? Nous demandons donc clairement à ne pas intégrer le régime universel», prévient elle, alors qu'elle doit être reçue ce mardi par Jean-Paul Delevoye, le ministre et haut-commissaire en charge de la réforme des retraites.

Cet argument de la présidente du Conseil national des barreaux (CNB) est d'ailleurs repris, parfois à demi-mot, par d'autres régimes spéciaux excédentaires, pour qui leurs efforts de gestion reviendraient à pallier la fragilité du régime général, sous couvert d'un régime universel plus juste. 

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