Cheminots, soignants, gilets jaunes... Vers une convergence des luttes le 5 décembre ?

Des gilets jaunes et des syndicats défilent main dans la main à Marseille, mardi 5 février 2019. [© GERARD JULIEN / AFP]

Cheminots, personnels soignants, gilets jaunes, pompiers, enseignants, chômeurs, syndicats tous azimuts... Et si, à l'occasion de la mobilisation du jeudi 5 décembre contre la réforme des retraites, les mécontents de tous bords réalisaient une authentique convergence des luttes, maintes fois espérée par beaucoup mais jamais vraiment concrétisée ?

Ce sont les syndicats de la RATP qui ont fait la première étincelle en appelant, dès septembre, à une grève «illimitée» à compter de ce jour-là. Ils ont vite été rejoints par les organisations de la SNCF et des routiers – de quoi présager une journée noire dans les transports. Les syndicats CGT, FO, FSU et Solidaires leur ont ensuite emboîté le pas en invitant tous les travailleurs à une «grève interprofessionnelle» ce même jeudi de décembre.

Plus récemment, le 3 novembre dernier, l'«Assemblée des assemblées» locales des gilets jaunes, mouvement qui ne s'avoue pas encore vaincu après un an de mobilisation, a également appelé à rejoindre cette journée de contestation, à la grande satisfaction des syndicats. «L'heure est à la convergence avec le monde du travail et son maillage de milliers de syndicalistes qui, comme nous, n'acceptent pas», ont expliqué les porte-paroles des gilets jaunes. Même l'éditorialiste Christophe Barbier, très critique du mouvement, en convient: «Le sentiment d'abandon est toujours là.»

Et ce n'est pas tout: des personnels soignants aux enseignants, en passant par les pompiers et même les policiers, les nombreux manifestants qui investissent la rue depuis des mois, en particulier depuis la rentrée, pourraient eux aussi être tentés de rejoindre les cortèges le 5 décembre. Tout comme un certain nombre de politiques des partis d'opposition. Les mots d'ordre qui les rassemblent ? Tous contre Emmanuel Macron: leur objectif en filigrane est de l'évincer de l'Elysée pour en finir avec la casse des services publics et du modèle social français qu'il est en train d'opérer, selon eux.

Un scénario de plus en plus «crédible»

«L’option de la convergence des luttes devient aujourd’hui crédible, car la réforme des retraites, très symbolique, angoisse beaucoup», relève Rémi Bourguignon, spécialiste des mouvements sociaux et enseignant-chercheur à l'université Paris-Est Créteil. Et de préciser: «Du fait de son manque de lisibilité, tout le monde a le sentiment d’être un peu perdant. Ce qui peut cristalliser toutes les luttes touchant aux injustices sociales.»

Du côté de l'Elysée, une telle convergence des luttes et des colères, jusqu'ici parallèles sans jamais vraiment se croiser, signerait le début de la fin. «Si le gouvernement était amené à reculer, cela serait un énorme échec pour Emmanuel Macron, qui a construit toute son image sur l’idée qu’il irait au bout des réformes», prédit Rémi Bourguignon. Dès lors, en cas de mouvement social d’ampleur, le désaveu politique serait total pour le pouvoir. Un échec qui pourrait même lui être reproché par sa base d'électeurs.

Finalement, la seule véritable question, c'est celle de la perception : quelle image l'opinion publique aura-t-elle de cette journée de grève ? «Si la population a le sentiment que les manifestants se mobilisent pour l’ensemble de la société, il y aura un blocage très fort. En 1995, les syndicats avaient par exemple appelé à la grève 'par procuration'», rappelle le spécialiste des luttes sociales. «Si, en revanche, les cheminots, qui n’ont généralement pas bonne presse, donnent l’impression de se battre pour leur corporation, pour sauver leur propre statut [de retraites] au détriment de la majorité, alors ils auront du mal à mobiliser.» Début de réponse le 5 décembre.

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