Animaux enterrés, eaux usées dans la nature, fichage des salariés... le zoo d'Amnéville mis en cause

Criblée de dettes, l’établissement est attaqué par 120 personnes aux prud’hommes.[©JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP]

Fichage des salariés, licenciement abusifs, eaux usées déversées dans la nature, animaux enterrés sur place, morts suspectes... Une dizaine de salariés et ex-salariés ont dénoncé les pratiques douteuses du zoo d’Amnéville, situé dans la vallée de la Moselle.

Criblé de dettes, l’établissement est attaqué par 120 personnes aux prud’hommes, révèle une enquête de France Bleu. Selon les salariés du zoo, tout a commencé lorsque Jean-Marc Vichard, le directeur adjoint et bras droit de Michel Louis, le fondateur du zoo, est mort en juillet 2011. Depuis, plusieurs problèmes internes ont émergé dans le parc animalier. A commencer par l’existence d’une liste noire, renommée «Olive Black List», tenue par les plusieurs personnes dans les bureaux du zoo.

Sur ce document Excel, figure les noms de 214 salariés, dont certains sont surlignés en jaunes et à côté desquels on peut lire des commentaires tels que : «problème en fin de contrat, a réclamé des heures impayées», «élément perturbateur au service restauration», «problème prud’homme», ou encore «problème en caisse».

Début 2019, une employée du zoo avait dénoncé cette liste à la police mais aucune enquête a été ouverte. Le directeur du zoo quant à lui, nie complétement l’existence de ce fichier : «c’est n’importe quoi, vous pouvez d’ailleurs regarder dans nos ordinateurs», a-t-il déclaré à nos confrères.

Autre pratique mise en cause, la politique des salaires, qui selon plusieurs employés sont démesurés. «Une caissière à plus de 3 000 euros par mois, ça paraît énorme, non ?», a lancé un ancien proche de Michel Louis. D’autres ont également déclaré qu’ils percevaient une partie de leur salaire en liquide.

Les eaux usées dans la forêt

Le zoo d'Amnéville est constitué en SCOP, en société coopérative et participative. C’est-à-dire qu’officiellement, il est propriété des salariés. Pourtant, pas moins de 120 d'entre eux ont saisi le conseil des prud’hommes de Metz, dont…Michel Louis. Le directeur a en effet attaqué son propre zoo «pour se protéger» en cas de liquidation, en vue de l’audience qui se tiendra le 3 février 2020.

Parmi les dossiers traités, on retrouve par exemple celui d’un salarié «viré pour alcoolisme» en 2017 après plus de dix ans passés au zoo et d’un autre licencié en 2019 parce qu’il est «un traître».

Des décès suspects

Côté environnement, ce n’est pas mieux.  Le zoo évacue les eaux usées directement dans la forêt, au grand dam des promeneurs et des joggeurs. Pire, «les eaux usées des tapirs, des tamanoirs, des jaguars, des perroquets, des manchots partent dans la nature, avec parfois des produits détergents comme du chlore ou de l’acide chlorhydrique», expliqué un salarié à France Bleu.

Si les soins prodigués aux animaux ne sont pas mis en cause dans cette affaire, une salariée a avoué avoir «enterré l’éléphante Catarina». Mais d’autres animaux ont connu le même sort. «Un lion, un puma, un boa... On n’avait pas les moyens de payer l’équarrissage, alors on acceptait, pour la boîte», a souligné un proche du directeur.

Sans compter les animaux morts dans de manière suspecte comme ce crocodile «victime d’une erreur de température de l’eau» ou encore le gorille YaKwanza, 32 ans, qui avait succombé à un erreur d’anesthésie, alors que le zoo avait indiqué sur sa page Facebook qu’il était mort d’une «une rupture d’anévrisme».

«Tout est bidon»

A la mairie d’Amnéville, d’Hagondange, au département de la Moselle, et à la Région Grand Est, tout le monde s'interroge quant à l'avenir du zoo d’Amnéville, qui représente une vitrine pour les collectivités. L'audience de la chambre commerciale du tribunal de Metz se tiendra le 18 décembre prochain.

Deux repreneurs sont prêts à reprendre le zoo, un fonds d’investissement parisien et des investisseurs locaux. Pour Michel Louis, ces accusations ne sont pas fondées. «Tout est bidon», a-t-il affirmé avant d'évoquer un complot «pour lui prendre le zoo».

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