La perspective inquiète. Edouard Philippe a annoncé le 1er avril envisager un dispositif de suivi des déplacements des Français, en utilisant les données des téléphones portables.
Cette mesure n'existe pas pour le moment car un système de ce type, utilisé notamment en Chine ou en Corée du Sud, ne serait «pas permis», selon le Premier ministre. Cela n'empêche pas le gouvernement de laisser ouverte la question, et de travailler à des formules pour rester dans le cadre de la loi.
«On pourrait peut-être, et je dis bien peut-être, sur le fondement d'un engagement volontaire, utiliser ces méthodes pour mieux tracer la circulation du virus», assure Edouard Philippe. Mais l'Union Européenne fait plus que simplement envisager cette solution, puisqu'une application est déjà en cours de fabrication. Un consortium de chercheurs est sur le point pour mettre au point un système de «tracking» qui respecte la nomenclature européenne en terme de protection des données.
Les personnes volontaires n'auraient qu'à la télécharger et l'activer. L'utilisateur choisit d'indiquer s'il est malade ou non. Dans le premier cas, les déplacements des deux dernières semaines seront géolocalisés et stockés. Si l'on ne se considère pas touché par le virus, l'application va également analyser les déplacements, pour les recouper avec ceux des malades, afin d'indiquer à la personne si elle a été en contact avec le coronavirus. Un système qui pourrait arriver sur les téléphones à partir de la mi-avril.
Les défenseurs des droits surveillent
Certains observateurs s'inquiètent cependant des dérives que ces mesures peuvent engendrer. Alors que la question des données est particulièrement sensible depuis des années, le défenseur des droits Jacques Toubon s'est interrogé sur France Info : «Il faut voir d'un côté ce que sont les exigences des libertés et de l'autre côté quel est le bénéfice de cette mesure de géolocalisation pour l'épidémie».
Dans une tribune publiée sur Ouest France, Cécile Coudriou, président d'Amnesty International France, a déclaré que l'ONG était particulièrement attentive à «ce que l’état d’urgence ne conduise pas à des dérives et des atteintes au droit à la vie privée, comme c’est déjà le cas dans d’autres pays avec l’utilisation qui est faite des données de géolocalisation des téléphones mobiles». Car il ne fait aucun doute qu'un éventuel détournement ou piratage des données saisies dans la lutte contre le coronavirus serait particulièrement mal vécu par l'opinion publique.
![Ce système utilise les données personnelles de géolocalisation GPS contenues dans les téléphones des personnes porteuses du virus. [©BERTRAND GUAY / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_200_112/public/000_fm20e_5e7b2b890ae32.jpg?itok=plO1Cuy9)