Si le Rassemblement national a frappé fort dimanche en remportant la ville de Perpignan, qui devient, avec ses plus de 120.000 habitants, sa plus grosse conquête depuis Toulon en 1995, cette victoire ne peut pas suffire à masquer le fait que le parti n’a pas vraiment progressé en nombre de mairies par rapport à 2014.
«C'est un travail de longue haleine qui ce soir se termine sur une vraie grande victoire», s'est félicitée au siège du parti Marine Le Pen, présidente du RN et ancienne compagne de Louis Aliot, futur maire de la ville catalane. Le vice-président du parti Jordan Bardella s'est félicité d'avoir fait «voler en éclat le front républicain» de leurs opposants.
Un autre député RN, Ludovic Pajot, a remporté dans le Pas-de-Calais Bruay-la-Buissière (22.000 habitants), en dépit du désistement du maire sortant. Le parti d'extrême droite s’est également imposé à Moissac (12.500 habitants), dans le Tarn-et-Garonne, où l'ancien attaché parlementaire de Marion Maréchal, Romain Lopez, avait failli l'emporter dès le premier tour.
Au total, le RN a conservé huit de ses dix villes remportées en 2014, mais a perdu Mantes-la-Ville (Yvelines) et Le Luc (Var). Il n’a en revanche gagné qu'une poignée de nouvelles mairies, dont trois plus petites villes dans le Vaucluse (Morières-les-Avignon, Bédarrides et Mazan).
Un bel arbre, mais une forêt de mairies clairsemée
Si Perpignan «est un bel arbre» admet à l’AFP Nicolas Lebourg, coordinateur de la Chaire citoyenneté à Sciences-Po Saint-Germain-en-Laye, «c'est l'arbre qui cache la forêt des mauvais résultats» du RN à ce scrutin, traditionnellement peu favorable à ce parti, mais qui voulait s'implanter davantage localement cette année.
Ainsi, son sénateur Stéphane Ravier a également perdu (de très peu) le 7e secteur de Marseille (155.000 habitants). De même, son candidat d'ouverture Bertrand de la Chesnais a été battu à Carpentras (Vaucluse), tandis qu'à Cavaillon, la liste LR s’est imposée malgré la fusion du RN avec une liste divers droite.
Au premier tour, le scrutin n'avait déjà pas été le grand cru espéré par le RN. Le parti avait déposé moins de listes que prévu et ses résultats avaient baissé dans les villes de plus de 10.000 habitants, y compris dans ses bastions des Hauts-de-France et de Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Une ouverture vers la droite ?
Le parti misait donc beaucoup sur l'élection de Louis Aliot, pour avoir le sourire au soir du second tour des municipales. Sa victoire pose toutefois «la question de la ligne» du parti, note Nicolas Lebourg, alors que le député RN a effacé de sa campagne toute référence au parti et défendu sur le plan économique une ligne libérale plus proche de la droite LR que de la ligne «ni droite ni gauche» de Marine Le Pen.
Louis Aliot a peut-être ouvert une première voix de réflexion ce lundi matin sur RTL, en estimant que sa formation politique «doit aussi progresser, se professionnaliser pour arriver à rassembler au-delà de ce qu’elle rassemble aujourd’hui». Autrement dit, le Rassemblement national doit désormais être capable de nouer des alliances plus fortes avec d’autres partis, afin de s’ancrer de façon solide et durable sur le territoire.
S’il n’est pas question d’une «union des droites», à l’image de ce que font régulièrement les formations de gauche, le RN sait qu’il doit continuer sa lente mutation pour attirer au-delà de sa base «traditionnelle».
En témoigne le désavantage pour lui qu’a été la faible participation au scrutin. Au premier tour, les analyses avaient révélé que les électeurs ayant le moins voté étaient les jeunes et les catégories populaires. Des segments importants de l'électorat du RN. A Marine Le Pen de «chasser» les voix plus largement, alors que les regards vont désormais se tourner petit à petit vers l’élection présidentielle qui aura lieu dans deux ans (et dont elle s’est déjà déclarée candidate).
La présidente du parti a ainsi salué hier la victoire de Perpignan, un «vrai déclic» selon elle, qui permettra de démontrer que le RN est «capable de gérer des grandes collectivités» en vue des élections départementales et régionales de mars 2021, qui seront le dernier tremplin avant la course à l’Elysée.
![Le Rassemblement national de Marine Le Pen a remporté la mairie de Perpignan grâce à Louis Aliot.[LUDOVIC MARIN / POOL / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_200_112/public/aliot_perpignan_rn_5ef8dc80e39dc.jpg?itok=1b9Wmr5M)
![[JEFF PACHOUD / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_200_112/public/000_1pw7wl_5ef8ddc54ad4d.jpg?itok=2lyD8Jfp)