Un an tout pile. Le Grenelle des violences conjugales, lancé le 3 septembre 2019, fête aujourd'hui son premier anniversaire. Pour l'occasion, les associations de défense des droits des femmes dressent un bilan pour le moins mitigé. Si deux tiers des annonces ont été mises en place ou engagées, cela concerne majoritairement les mesures qui ne nécessitaient pas de moyens supplémentaires, quand les plus coûteuses, elles, sont toujours en suspens.
Dans un communiqué commun, les associations, la Fondation des femmes en tête, insistent sur le budget alloué insuffisant et, sur ce point, le Sénat lui-même leur donne raison. Publié le 27 août, un rapport rédigé par Arnaud Bazin (LR) et Eric Bocquet (PCF) pour la Commission des finances indique que «la majeure partie» des 360 millions d'euros annoncés par le gouvernement pour financer les mesures du Grenelle est constituée de «crédits déjà existants en 2019».
Le rapport d’information du @senat sur le financement des violences faites aux femmes que j’ai écrit avec mon collègue @EricBocquet est consultable en cliquant sur ce lien : https://t.co/flHAvPL5ajpic.twitter.com/CHJCRBIaOj
— Arnaud Bazin (@arnaud_bazinVO) August 28, 2020
De la même façon, les deux sénateurs remarquent que l'augmentation du budget consacré à l'égalité entre 2019 et 2020 «s'explique principalement par le triplement des fonds alloués aux programmes de diplomatie culturelle et d'influence, de solidarité à l'égard des pays en développement et d'aide économique et financière au développement».
La «moitié» de l'enveloppe destinée aux actions menées en France correspond quant à elle «aux efforts d'éducation à l'égalité entre les sexes dans les écoles, collèges et lycées». Des causes sans doute importantes mais qui n'apportent aucune aide aux femmes victimes de violences conjugales.
Les associations de défense des droits des femmes saluent néanmoins le vote des lois sur la suspension de l'autorité parentale et sur l'exception au secret médical en cas d'urgence, qui vont toutes deux dans le bon sens. Mais l'extension des horaires du 3919, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, a été repoussée jusqu'à l'été 2021. De la même façon, les 1.000 bracelets anti-rapprochement prévus se font toujours attendre et la promesse d'ouvrir 1.000 places d'hébergement supplémentaires n'a pas vraiment été tenue.
[COMMUNIQUE DE PRESSE]
— Fondation des Femmes (@Fondationfemmes) September 3, 2020
Suite à la conférence de presse, retrouvez le communiqué de plusieurs associations engagées dans l'accompagnement des victimes de violences : #GrenelleViolencesConjugales, 1 an après - un bilan en mi-teinte pour les associations#BilanGrenellepic.twitter.com/ecpd5VNGx2
Interrogée par franceinfo, la présidente de la Fondation des femmes, Anne-Cécile Mailfert, indique qu'«on ne sait pas où ont été créées ces 1.000 places d'hébergement. On ne sait même pas si des associations y ont eu droit, si elles ont vraiment été créées. Même la ministre est incapable de le dire».
Elisabeth Moreno, justement, ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, assure qu'elles existent. Le rapport d'Arnaud Bazin et Eric Bocquet précise néanmoins que les structures d'accueil mises en place ne sont pas adaptées au public des femmes victimes de violences. Sur Europe 1, le premier a indiqué qu'il s'agissait de «places d'hébergement généralistes, c'est-à-dire dans lesquelles on trouve toutes sortes de population et pour lesquelles un budget de 25 euros par jour était évoqué». Une somme insuffisante pour un «accompagnement de qualité» qui suppose une prise en charge psychologique et sociale, à hauteur de «40 à 50 euros par jour», selon le sénateur.
Les moyens ne bougent quasiment pas. Et en matière de volonté politique, on peut dire que le remaniement a envoyé un message clair.
— #NousToutes (@NousToutesOrg) August 17, 2020
Les violences ne sont pas leur priorité. En fait, ils pensent sans doute comme d'autres qu'on les ennuie.
Indulgentes, les associations soulignent que les deux mois de confinement ont sans doute retarder la mise en oeuvre des mesures annoncées. D'un autre côté cette période, durant laquelle une hausse sensible du nombre de victimes de violences intrafamilliales a été enregistrée, a révélé «les angles morts du Grenelle». Notamment le manque de prise en charge des familles et enfants des femmes victimes de violences conjugales et le nombre insuffisant d'hébergements spécialisés.
Le principal reproche formulé contre le gouvernement concerne l'absence «de suivi des politiques impulsées», qui empêche une «vision transversale pourtant nécessaire». Sur ce point Elisabeth Moreno semble avoir apporté un début de réponse, en promettant de «réunir toutes les six semaines les groupes de travail formés lors du Grenelle, ainsi que des associations et des experts». Une première réunion a eu lieu aujourd'hui, jeudi 3 septembre, pour marquer l'anniversaire du lancement du Grenelle.
![[DENIS CHARLET / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/capture_decran_2020-08-17_a_19.53.36_5f3ac42c835bc.png?itok=yLjJXk0B)