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Seine-Saint-Denis : «Il y a une vraie disparition des services publics dans ce département»

[© FREDERICK FLORIN / AFP]

Alors que le pays est durement touché par la crise sanitaire, la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) s'apprête à fermer plusieurs de ses centres en Seine-Saint-Denis (93). La double peine pour ce département, où la population – parfois éloignée du système classique – a besoin d'être accompagnée sur le plan administratif.

Plusieurs manifestations ont été organisées ces derniers jours devant des centres d'accueil de la CPAM fermés durant le premier confinement et qui n'ont finalement jamais rouvert. Et ce, malgré la demande pour ces établissements de quartier, qui accompagnent les personnes qui rencontrent des problèmes dans le traitement de leur(s) dossier(s). Alors qu'il en existait une cinquantaine il y a 20 ans, ces centres se comptent aujourd'hui sur les doigts de la main.

«s'adapter à la crise sanitaire»

Une situation ubuesque dans un département où les besoins sont immenses. «On n'est clairement pas dans une bonne logique, qui devrait être, d'une part, de reduire les inégalités territoriales de santé et, d'autre part, d'aller vers les gens», explique Pierre Laporte, le vice-président de la Seine-Saint-Denis chargé de la santé, qui alerte également sur les faibles horaires d'ouverture des centres restés ouverts.

«Nous allons fermer trois petites agences à Bondy, Les Lilas et Pantin», concède Aurélie Combas-Richard, la directrice générale de la CPAM en Seine-Saint-Denis, «mais c'est pour en ouvrir deux grosses à Aubervilliers et Clichy-sous-Bois». «Nous ne sommes pas du tout dans un désengagement du service public, nous allons recruter 34 personnes à l'accueil [...] et investir 2,3 millions d'euros pour nos agences», explique-t-elle.

Un parti pris de la CPAM «de s'implanter un peu différemment dans les villes du département» et d'aller dans celles «qui ont le plus grand nombre d'habitants» et «qui en ont le plus besoin». «Nous avons effectivement été amené à fermer les agences plus petites, comme celle de Bondy qui n'était pas ouverte tous les jours et où il y avait peu de flux», ajoute Aurélie Combas-Richard.

Mais pour elle, l'enjeu est surtout de s'adapter au mieux à la crise sanitaire. Ainsi, les nouvelles agences seront dotées d'un accueil repensé, avec 8 à 12 boxes individuels, pour accueillir les personnes «sur rendez-vous», «pour 30 minutes» et dans «des espaces un peu plus confidentiels». Fini donc l'accueil debout au yeux au vu et au su de tous.

«CE N'EST PAS ADMISSIBLE»

La CPAM, mais aussi la CAF ou encore Pole Emploi... Pierre Laporte regrette néanmoins «la disparition des services publics» dans son département et ce, «pour des raisons économiques». «Ce n'est pas admissible», selon le vice-président de la Seine-Saint-Denis, qu'«une baisse des coûts et une réduction du personnel» soient imposés dans des administrations si essentielles.

Pire selon lui, «de plus en plus de ces administrations utilisent Internet» mais cela «ne correspond pas du tout au public qu'on a [en Seine-Saint-Denis, ndlr]», souligne-t-il. «Cela pose un vrai problème pour les personnes qui sont en situation de fracture numérique», «qui ne possèdent par d'ordinateur» ou «qui ne parlent pas français».

Et les conséquences sont d'autant plus désastreuses qu'elles touchent directement au portefeuille : certaines personnes ne touchent plus leurs indemnités journalière ou ne sont plus remboursées à cause «de difficultés à se faire comprendre», «de telles ou telles pièces qui manquent au dossier», «d'un téléphone qui raccroche», «de réponses qui n'en sont pas», énumère Pierre Laporte, avant de concéder que le département n'a aucun pouvoir d'action à ce sujet.

LA COLÈRE DES MAIRES

Une situation telle que plusieurs maires de la région ont vivement réagi, réclamant la réouverture de ces centres. C'est le cas du maire des Lilas, Lionel Benharous, qui a lancé une pétition sur Change.org pour dire son mécontentement face à la fermeture du centre de sa ville. Une décision «incompréhensible et profondément injustifiée» selon lui, alors que la Seine-Saint-Denis est l’un des départements français «qui a le plus grand besoin de la présence de services publics».

C'est également le cas du maire de La Courneuve, Gilles Poux, qui avait déjà écrit à la direction départementale de la CPAM en mai dernier, à la fin du premier confinement, pour demander la réouverture du centre de sa ville. Au total, sur une quinzaine d'entre eux encore ouvert il y a un an, il n'en reste aujourd'hui qu'à peine dix à accueillir du public dans le 93.

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