Un centre d'accueil pour migrants homosexuels et trans, un monument en hommage aux victimes de l'homophobie ou encore un centre d'archives dédié à la lutte contre les discriminations... La municipalité a présenté ce lundi 15 mai ses grands projets en matière d'accueil et d'accompagnement de la communauté LGBTQI+, à la veille de la Journée mondiale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie.
Et Paris revient de loin, comme le rappelle Jean-Luc Romero-Michel, qui témoigne qu'avant 2001 et Bertrand Delanoë, rien n'avait jamais été fait en faveur des personnes LGBTQI+ à Paris, contrairement à d'autres pays engagés dès les années 1970 comme aux Etats-Unis notamment, avec Harvey Milk.
Mais avec 500.000 euros de budget désormais alloués chaque année à l'accueil et à l'accompagnement de la communauté LGBTQI+ et la concrétisation d'un certain nombre de grands projets dans les prochaines semaines, la Ville Lumière «va largement rattraper son retard» se félicite l'adjoint à la mairie de Paris chargé des droits humains, de l’intégration et de la lutte contre les discriminations.
Quels sont-ils ?
un centre d'accueil pour migrants et trans
Présenté au prochain Conseil de Paris, un centre d'accueil pour les plus exclus des LGBTQI+ – c'est-à-dire les migrants et les trans – doit «ouvrir dans les prochaines semaines», «au plus tard à la rentrée de septembre», 22 rue Malher, dans le 4e arrondissement de Paris, a ainsi annoncé Jean-Luc Romero-Michel.
Un centre de 520 m2, qui sera géré par 7 associations – dont l'Ardhis (Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l'immigration et au séjour) ou encore l'OUTrans – pour accueillir «les plus exclus des exclus» selon l'adjoint.
Là, ils trouveront des oreilles attentives, et des petites mains pour les aider dans leurs démarches administratives, de santé et de santé sexuelle, mais ne pourront y rester dormir, puisqu'il ne s'agit d'un lieu d'hébergement.
des appartements réservés
Côté hébergement, la municipalité parisienne travaille à l'ouverture de nouvelles places d'accueil. Aujourd'hui, 7 appartements appartenant au bailleur social d'Elogie Siemp permet à ce jour d'héberger 48 réfugiés. «Notre ambition est de passer à 72 personnes d'ici à un an et demi maximum», a fait savoir Jean-Luc Romero-Michel.
un monument dédié sur les champs-Elysées
Autre projet en cours : celui d'installer un monument pour les victimes de l'homophobie, sans doute «une œuvre d'art signée d'un artiste étranger», allée Marcel Proust, dans les jardins des Champs-Elysées (8e), à quelques pas du théâtre Marigny et du Studio Gabriel. Celle-ci devrait être inaugurée dans le courant de l'année 2023.
«C'est un très beau projet qui était inscrit dans ma lettre de mission, pour mettre en avant les personnes majeures de la lutte contre les discriminations LGBT et pour faire en sorte qu'un maximum de Parisiens se reconnaissent», a ainsi expliqué Laurence Patrice, l'adjointe à la mairie de Paris chargée de la mémoire, qui souhaite également valoriser le parcours de certaines femmes centrales dans la lutte des droits LGBT.
«Nous avons mené un travail tout particulier sur la reconnaissance des femmes lesbiennes», a-t-elle en ajouté, énumérant certaines de ces femmes au parcours exceptionnel : Adrienne Monnier, Yvonne Ziegler ou encore Suzette Robichon.
la renaissance du "Tango"
Rachetée par la Ville de Paris en novembre dernier, la célèbre boîte de nuit appelée Le Tango et située rue du Maire (3e) au cœur du Marais va être entièrement rénovée. «C'est la première fois que la Ville rachète une boîte de nuit», souligne Jean-Luc Romero-Michel, qui explique que l'opération n'a été rendue possible que parce qu'elle permettait de créer du logement social. Avec à terme, 8 logements sociaux – dont les travaux commenceront en 2023 – rendus disponibles.
En attendant, l'élu espère que le lieu pourra rouvrir ses portes «provisoirement» entre juillet 2022 et janvier 2023, pour y organiser des activités pour les personnes LGBTQI en semaine. L'association Basiliade serait alors chargée de la programmation.
UN LIEU DE MÉMOIRE POUR LES ARCHIVES
Enfin, et c'est un projet porté par l'exécutif parisien depuis de nombreuses années, la municipalité parisienne a annoncé avoir trouvé un lieu pour accueillir les archives nationales LGBTQI. Le site : un ancien bâtiment de La Poste de plus de 600 m2 situé rue Molière (16e).
Une opportunité en terme de taille notamment que Jean-Luc Roomero-Michel entend bien ne pas laisser passer, mais qui ne semble pas spécialement faire consensus. L'adjoint chargé de la lutte contre les discriminations explique en effet que les 3 collectifs censés s'accorder pour gérer collégialement le lieu – l'Académie gay et lesbienne, le Collectif LGTBQI et l'ARCL – n'arrivent pas à se mettre d'accord, refusent de fusionner et n'ont pas présenté d'accord de gestion.
«Cela représente un investissement de 300.000 euros pour la Ville. On ne veut pas s'engager tant qu'ils n'auront pas présenté de projet de fonctionnement», râle l'élu, qui assure qu'il a lui-même proposé d'écrire à des mécènes et œuvrer pour que la situation se débloque. Une réunion doit être organisée à ce sujet en juillet.
Focus sur la problématique du Chemsex
En outre, Jean-Luc Romero-Michel a annoncé ce lundi qu'il présentera au Conseil de Paris de juillet prochain un plan sur 4 ans de lutte contre la pratique du Chemsex. Un comité stratégie composé d'addictologues sera notamment chargé de travailler sur ce phénomène très dangereux, qui consiste à consommer des produits stupéfiants à haute dose pendant l'acte sexuel.
«Les pouvoirs publics sont très en retard sur cette question», déplore l'élu, qui fait savoir qu'une première campagne de communication doit être lancée le 20 juin 2022 à ce sujet. A cette date, «quelques jours avant la Marche des fiertés» organisée le 25 juin prochain, des affiches seront placardées dans la ville et diffusées sur les réseaux sociaux. «Paris sera alors l'une des seules villes du monde à s'emparer de ce sujet, avec Amsterdam», souligne l'adjoint.
![La prise de drogues de synthèse durant l'acte sexuel inquiète les autorités.[© WE-VIBE_TOYS_UNSPLASH] La prise de drogues de synthèse durant l'acte sexuel inquiète les autorités.](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/chemsex_619e72b001976.jpg?itok=f-OrDNc7)