Ce mardi 24 octobre, Emmanuel Macron s'est rendu en Israël, marquant le soutien de la France pour l'Etat hébreu en guerre. Mais la relation entre les deux États est une relation bancale, qui a longtemps cherché son équilibre.
Deux semaines après l'attentat du Hamas contre l'Etat hébreu, ce mardi, Emmanuel Macron s'est rendu, à Jérusalem et a pris la parole : «Je viens exprimer la solidarité de la Nation». Une déclaration qui témoigne d'une amitié entre les deux états, malgré une histoire commune tumultueuse, vieille de 70 ans.
En 1946, la France avait voté pour le Plan du partage de la Palestine, par l'ONU. «Elle espérait la pacification, comme tous les pays occidentaux, avec l’idée que ces deux pays, Palestine et Israël, vivraient dans la coopération», soutient Charles Meyer, vice-président de l'Association France-Israël, Alliance Général Kœnig à CNEWS. La France reconnaissait alors officiellement le jeune Etat hébreu, un an après sa création en 1949.
Quelques années plus tard, une alliance militaire s'est établie entre les deux Etats contre un ennemi commun : l'Egypte. Le président égyptien Nasser avait donné l'ordre de nationaliser le canal de Suez en 1956, provoquant la colère des Français et des Britanniques, les principaux actionnaires. Israël avait été d'une grande aide pour l'établissement d'un plan stratégique.
Le Divorce prononcé en 1967
Mais l'attaque surprise menée par Israël contre l’Egypte le 5 juin 1967 en occupant la région du Sinaï a marqué une première rupture avec l'Hexagone. En réponse, la France a notamment suspendu la vente d'armes à l'Etat hébreu. Une réponse diplomatique et une sanction commerciale. Mais la division entre les deux Etats était bien antérieure. «La guerre de Six Jours a prononcé le divorce mais la coupure avait déjà commencé avant», nous a confirmé Emmanuel Navon, professeur à l'université de Tel-Aviv.
La politique diplomatique française a pris un tournant différent une fois l'Algérie devenue indépendante. Le général de Gaulle a tenu des propos choquants critiquant Israël d'un «peuple d’élite, sûr de lui-même, et dominateur». Ces propos ont été très mal vécus par le peuple hébreu.
Le tournant pro-arabe de Charles De Gaulle
Coup fatal pour les relations avec Israël, le quai d’Orsay avait pris le parti pro-arabe de façon systématique. «Pour faire carrière dans la diplomatie française, il n'était pas très bon ton d’avoir de la sympathie pour l'Etat hébreu, explique Charles Meyer la France ne voulait pas se mettre à dos le monde arabe pour défendre Israël».
En 1995, l’arrivée de Jacques Chirac à l’Elysée a rapproché un peu plus la France d’Israël lorsqu’il a reconnu la responsabilité de l’Etat français dans la rafle du Vel’d’Hiv et la déportation des Juifs. Mais peu de temps après les tensions sont revenues. «This is not a method ! » avait lancé l'ancien président à un officier de sécurité israélien qui l’empêchait d’aller au contact de la population palestinienne dans les rues de Jérusalem.
Encore aujourd'hui, «la phrase de De Gaulle et la mise en scène de Chirac dans la vieille ville de Jérusalem n'ont pas été oubliées», déplore Emmanuel Navon. «Les Israéliens aiment la France, mais sont méfiants du Quai d'Orsay et de la dérive de LFI (La France Insoumise)».
une position équilibrée
La relation entre les deux pays est inévitablement fragmentaire. Il n’est pas possible de séparer l’histoire des relations franco-israéliennes de celle de la France et de ses citoyens juifs. «Plusieurs dizaines de milliers d’Israéliens sont d’origine française, on estime que 200.000 Israéliens francophones sont de cultures partiellement française», poursuit le professeur d'Université. «Ce lien qui nous unit a toujours existé en profondeur. Nous défendons la même civilisation, les mêmes valeurs judéo-chrétiennes», confirme de son côté Charles Meyer, vice-président de l'Association France-Israël, Alliance Général Kœnig.
En 2017, Emmanuel Macron avait invité le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, pour la commémoration du Vel’d’Hiv, une preuve significative de l'amitié de la France pour Israël. La présence d’un dirigeant israélien à la cérémonie était une première, et Benjamin Netanyahou a qualifié cette invitation de «geste très, très fort» dans un discours dont les premières phrases furent prononcées en français.
La vague d’attentats en France a resserré les liens avec Israël. Selon Charles Meyer, la visite d'Emmanuel Macron incarne «une prise de conscience, quasiment mondiale, des valeurs démocratiques, fondamentales en s'opposant à la menace de l’intégrisme islamique». Il poursuit, «on doit se serrer les coudes car on est face à un ennemi commun, alimenté par la haine et l’ignorance».

![La visite d’Emmanuel Macron intervient alors que neuf ressortissants français sont toujours disparus ou otages du Hamas. [CNEWS]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/emmanuel_macron_les_actes_que_vous_avez_subis_depassent_tout_entendement_65379d229278d_0.jpg?itok=b3jG1G4G)