Alors que la Nouvelle-Calédonie est en proie à de violentes émeutes, aucune issue ne se dessine à l’heure actuelle. Une colère qui refait surface, trois ans après le dernier référendum sur l’autodétermination de l’archipel du Pacifique sud.
Depuis lundi 13 mai, la Nouvelle-Calédonie fait face à des tensions, faisant six morts et des dizaines de blessés. Une vague de violence que l’archipel du Pacifique sud n’a plus connue depuis plus de 40 ans.
À l’origine de cette colère, une révision constitutionnelle, sur laquelle l’Assemblée nationale allait se prononcer, prévoyant une réforme du corps électoral vivement contestée par les indépendantistes Kanak, descendants des premiers habitants de l’archipel avant la colonisation française et représentant 40% des quelque 270.000 habitants de l’île.
Pour bien comprendre la complexité de la situation, il faut remonter au début des années 1980. La Nouvelle-Calédonie, devenue territoire d’outre-mer en 1946, a connu à cette époque-là une période de conflits entre indépendantistes et loyalistes, ces derniers s’opposant à l’indépendance de l’archipel.
C’est dans ce contexte tendu qu’un premier référendum d’autodétermination a été organisé en 1987 à l’initiative du gouvernement de Jacques Chirac. Celui-ci a été ouvert à toute personne ayant plus de trois ans de résidence dans l’archipel. Une décision qui n’a visiblement pas plu aux indépendantistes, ces derniers ayant dénoncé une tentative de «noyer démographiquement» la revendication d’indépendance à la suite de cette ouverture du corps électoral.
Par conséquent, les indépendantistes ont appelé au boycott du scrutin. Finalement, le «non» l’a emporté avec 98,3% des voix. Ce premier référendum a été également marqué par un taux d’abstention élevé de 41%.
Un an plus tard, soit en 1988, les accords de Matignon-Oudinot ont mis fin aux troubles ayant opposé les indépendantistes et les loyalistes. Et pour cause, le texte prévoit une période de dix ans de développement économique, social, culturel et institutionnel, avant la tenue d’un référendum local d’autodétermination en 1998.
Trois référendums encadrés par l'accord de Nouméa
Dix ans après les accords de Matignon-Oudinot, le 5 mai 1998, un deuxième accord a été signé entre l’Etat, les indépendantistes et les loyalistes. Connu sous le nom de l’accord de Nouméa, le texte prévoit la revalorisation de la culture Kanak, la création de nouvelles institutions et le report du référendum, prévu en 2018 au plus tard.
Le 4 novembre 2018, la Nouvelle-Calédonie a organisé son tout premier référendum officiel d’autodétermination. Celui-ci a réuni 141.099 votants. À l’issue de cette journée de vote, le «non» l’a emporté à 57% avec 78.734 voix, contre 60.199 pour le «oui».
Comme l’explique le site gouvernemental vie-publique, «la loi prévoit, en cas de victoire du "non", un mécanisme où le tiers des membres du Congrès de la Nouvelle-Calédonie peut demander l'organisation de deux nouvelles consultations, deux et quatre ans après le premier référendum».
De ce fait, un second scrutin pour la consultation sur l’accession à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie a été organisé le 4 octobre 2020. Pour la seconde fois, le «non» l’a emporté avec 81.503 sur un total de 154.918 votants.
En 2021, alors que la Nouvelle-Calédonie est touchée par la crise sanitaire du Covid-19, les indépendantistes du Front de libération national kanak et socialiste (FLNKS) ont demandé le report du vote, prévu le 12 décembre 2021 selon le décret de convocation des électeurs du 30 juin 2021. Une requête que le gouvernement n’a pas acceptée.
«Le haut-commissaire de la République ayant confirmé la date initiale, les indépendantistes appellent à ne pas participer au référendum. Ils ont annoncé qu'ils ne reconnaîtront pas les résultats issus des urnes. Pour Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, si "la non-participation est un droit en démocratie, elle n'aura pas d'impact juridique"», a développé vie-publique.
Lors de cette dernière consultation, le «non» l’a emporté avec 96,50% des voix et la participation à ce scrutin a été de 43,87%.
«La consultation de décembre 2021, après celles de 2020 et 2018, est la dernière prévue dans le processus d'autodétermination», a ajouté le site gouvernemental.
