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Affaire Florence Rey et Audry Maupin : il y a 30 ans, la France vivait l'une des pires cavales meurtrières de son histoire

Florence Rey a été condamnée à 20 ans de prison, mais a été libérée après 15 ans d'une «détention exemplaire» selon l'administration pénitentiaire, en juin 2009. [MICHEL GANGNE / AFP]

Le 4 octobre 1994, l’équipée meurtrière de Florence Rey et de son compagnon Audry Maupin à Paris se terminait par la mort de cinq personnes : trois policiers, un chauffeur de taxi et Audry Maupin. Cavale meurtrière, mobile fantasmé, ou encore personnalité de la tueuse : tous les éléments étaient réunis pour ancrer ce fait divers dans la mémoire des Français.

Les faits se sont déroulés à l’automne 1994. Florence Rey, 19 ans, et Audry Maupin, 22 ans, étaient très amoureux. Les deux jeunes étudiants aux idées libertaires plein la tête squattaient une maison à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine. Pour sortir de leur précarité, ils ont élaboré un plan : voler des armes de police et faire un braquage. Mais lors de cette fameuse soirée du 4 octobre 1994, leur plan tournait au drame.

En une nuit, quatre morts étaient à décompter sur le pavé parisien : trois policiers et un chauffeur de taxi. La cinquième victime était Audry Maupin lui-même, abattu au terme d'une course-poursuite insensée dans les rues de la capitale. Trente ans après les faits, cette cavale morbide est restée dans toutes les mémoires, et a inspiré de nombreux réalisateurs, romanciers et artistes dans leurs oeuvres.

Un braquage qui tourne mal  

Le parcours de cette cavale a débuté à la pré-fourrière de Pantin, vers 21h30, le 4 octobre 1994. Les jeunes étudiants, armés de fusils à pompe, étaient bien décidés à braquer deux gardiens qui terminaient tranquillement leur service. L’objectif : dérober des armes destinées à un futur braquage, censé sortir définitivement le couple de la galère.

Après avoir récupéré tout le matériel nécessaire, Florence Rey et Audry Maupin, accompagnés par un troisième homme, Abdelhakim Dekhar, se lançaient dans leur projet fou. Ils enjambaient la clôture de la fourrière avant de braquer les deux gardiens. Sans opposer de résistance, les deux victimes offraient leurs armes au couple, qui s’enfuyait avec le butin escompté. 

La suite ne s’est pourtant pas déroulée comme prévu. Pendant que leur complice faisait le guet, le couple devait s'échapper par le métro pour retourner à leur domicile des Hauts-de-Seine, avant que l’alarme ne soit déclenchée. Mais en dépit du plan élaboré, Abdelhakim Dekhar, prenait la fuite avant le retour du couple, qui se voyait obligé d’improviser.

Les deux amoureux apercevaient alors un taxi, et prenaient la décision de monter dedans, braquant le chauffeur pour qu’il conduise jusqu’à la place de la Nation, afin qu’ils puissent prendre les transports à l'abri des regards. Mais le conducteur, Amadou Diallo, paniqué, décidait subitement de provoquer un accrochage avec une voiture de police croisée à un feu rouge, non-loin du lieu d’arrivée du couple. 

Deux fusillades, cinq morts

En une fraction de seconde, une première fusillade éclatait. Après plusieurs échanges de tirs, deux policiers de la brigade anticriminalité et le chauffeur de taxi étaient mortellement touchés. Le couple, presque à court de munitions, mais bien décidé à poursuivre son oeuvre macabre, braquait alors une seconde voiture, bloquée à quelques mètres de là par la fusillade, afin de prendre la fuite.

Quelques centaines de mètres plus loin, le couple déclenchait une deuxième fusillade avec les motards de la police qui étaient à leurs trousses. L'un d'eux y laissa la vie, ainsi qu'Audry Maupin, touché à plusieurs reprises par les policiers, tandis que le conducteur s’en sortait miraculeusement indemne. Florence Rey, recroquevillée entre les sièges, embrassait une dernière fois son compagnon avant de se laisser emmener par les forces de l’ordre. 

Le bilan était lourd : en quelques heures, cinq personnes, dont trois policiers, étaient tuées. Depuis bien longtemps, la capitale n'avait pas connu un tel bain de sang. Amadou Diallo, 49 ans, chauffeur de taxi à Paris depuis 19 ans, marié, cinq enfants, est mort à 22h07. Thierry Maymard, 30 ans, gardien de la paix à Paris, marié, deux enfants, est mort à 22h34. Laurent Gérard, 25 ans, gardien de la paix à Paris, est mort à 22h49. Guy Jacob, 37 ans, motard de la police nationale, marié, deux enfants, est mort à 1h du matin, le mercredi 5 octobre 1994. L’assaillant, Audry Maupin, a succombé à ses blessures le même jour, à 22h15.

Florence Rey, la «tueuse de flics»

Cette affaire a marqué les esprits par sa violence, la jeunesse des protagonistes, leur personnalité - en particulier celle de Florence Rey - le mystère qui l'entourait ainsi que par ses possibles motivations politiques. Florence Rey et Audry Maupin ont en effet été présentés comme des révolutionnaires anarchistes, militants proches de l'extrême gauche, et leurs actes ont contribué à relancer le débat sur la peine de mort.

Florence Rey fut surnommée par la presse la «tueuse née» ou la «tueuse de flics», et la fascination qu'elle exerça fut liée, pour une grande part, à sa photographie d'identité judiciaire qui la présentait impassible, les bras croisés, le regard vide ou défiant, avec une légère écorchure sur la joue. Elle a finalement été condamnée à 20 ans de prison, avant de réclamer le droit à l'oubli. 

La violence des actes causés par ces deux étudiants inconnus des services de police et issus de familles apparemment sans problème provoqua un vif émoi dans la société française. Des hommages furent rendus à la mémoire des trois policiers tués, décorés de la Légion d'honneur le vendredi 7 octobre 1994 à la préfecture de police de Paris. Au lendemain de la tragédie, plus de 500 chauffeurs de taxis exprimaient leur colère par une manifestation, place de la Nation. 

Le «troisième homme» identifié

Alors que la plaie provoquée par ce fait divers sordide commençait enfin à se refermer, l’affaire était finalement relancée à la découverte en 1996 de l’identité du «troisième homme», qui avait fait le guet pour le couple de meurtriers, et s’était rendu complice de leurs exactions. Abdelhakim Dekhar a finalement été condamné à quatre ans de prison pour association de malfaiteurs mais acquitté pour le vol de la pré-fourrière de Pantin. 

L’équipée meurtrière de Florence Rey et d'Audry Maupin inspira par la suite nombre de romanciers, réalisateurs, scénaristes, dessinateurs ou encore rappeurs dans leurs oeuvres, chacun retenant de ce fait divers, tantôt sa cruauté, tantôt ses côtés mystérieux, parfois sa supposée idéologie politique. Certains osèrent même une comparaison avec Bonnie and Clyde, un couple mythique de truands qui avait écumé les États-Unis en attaquant des banques dans les années 1930. 

Trois décennies plus tard, l’affaire Rey-Maupin continue de faire parler d’elle, entre souvenir douloureux et fascination morbide, dans la mémoire des Français. 

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