«Par le mot ou par l'épée». Si la devise de la célèbre unité n'a pas changé depuis sa création en 1964, ses missions et ses équipements ont largement évolué. Lors de la cérémonie d'hommage pour les 60 ans de la BRI qui s'est tenue ce jeudi, le Préfet de police a salué un «service d'excellence», qui fait la «fierté» de la Préfecture de police.
C'est une effervescence inhabituelle qui règne ce jeudi après-midi dans la cour d'honneur de la Préfecture de Police de Paris. Aux côtés des effectifs de la BRI, des anciens et des actuels chefs de cette unité d'élite rassemblés pour célébrer les 60 ans de la Brigade de recherche et d'intervention, des enfants de tout âge trottent près des véhicules blindés. Car après la cérémonie officielle, les familles de ces hommes en noir vont assister à deux simulations d'exercice. Petits et grands vont voir leurs proches, policiers de la BRI, intervenir sur deux scénarios d'attentats.
Le silence se fait. La foule retient son souffle. Dans un bus de la RATP amené pour l'occasion, plusieurs personnes sont prises en otage par deux assaillants. La négociation est impossible, les policiers de la célèbre brigade doivent intervenir dans une configuration qui ne leur est pas favorable, dans cet espace fermé, très étroit et tout en longueur. Le camion blindé s'approche, les policiers équipés accrochés sur ses flancs. Ils brisent la vitre arrière du bus pour créer une diversion et neutraliser par des tirs à blanc le premier assaillant à l'intérieur du véhicule. Le second terroriste tente de fuir, mais le chien spécialisé le rattrape et permet son interpellation.
Encore au 36 quai des Orfèvres
Un peu plus tôt dans l'après-midi, en l'absence du ministre de l'Intérieur dont un discours a été lu, le Préfet de Police a salué ce «service d'excellence qui fait la fierté de la Préfecture de police de Paris», le seul encore basé au mythique 36 quai des Orfèvres. L'occasion de souligner la spécificité unique de cette brigade, qui opère à la fois en intervention, sur des forcenés, des prises d'otages, des attentats, mais aussi en judiciaire, dans le cadre d'enquêtes pour interpeller des suspects avant qu'ils ne commettent des crimes.
C'est d'ailleurs une des innovations qui ont mené à sa création en 1964. C'est l'époque des gros braquages, des attaques de banques, des enlèvements contre rançon. Les policiers veulent avoir un coup d'avance. Ne plus enquêter seulement après les faits commis, mais travailler en amont, sur les différents délinquants d'habitude et pouvoir les arrêter en flagrant délit ou juste après la commission des faits.
Aujourd'hui encore, la recherche du coup d'avance est une ligne directrice. C'est ce que précise à CNEWS le chef actuel par intérim de la BRI, le commissaire divisionnaire Pierre Le Coz : «Dans la lutte contre le narco-banditisme, avec le SDPJ 93, nous avons interpellé récemment en Seine-Saint-Denis plusieurs individus qui s'apprêtaient à «monter au règlement de compte», c'est-à-dire à tuer des membres d'une équipe adverse. Ils ont été arrêtés avant de passer à l'acte».
Le poids des JO de Munich de 1972
Connue à sa création comme l'Antigang, cette unité a rapidement enchaîné les arrestations, comme celle de Jacques Mesrine, «à cette époque du grand banditisme triomphant où certains caïds n'hésitaient pas à provoquer les autorités, souvent avec une audace folle, parfois avec une violence sans limites», comme l'écrit le commissaire divisionnaire Simon Riondet, dans le livre paru cette semaine, «BRI, les patrons de l'antigang se mettent à table» (éd. Mareuil).
Le premier point de bascule aura lieu après l'attentat des JO de Munich en 1972. Les polices européennes s'aperçoivent qu'elles ne sont pas formées et équipées pour faire face à ce genre d'événement. L'Antigang va alors élargir son domaine de compétence à l'intervention en situation extrême avec la création de la BAC, Brigade anti-commando, pour affronter des groupes entraînés et surarmés. Mais pas question de recruter des «cow-boys». Interrogé dans le livre pré-cité, Robert Broussard, à la tête de l'unité de 1978 à 1982, indique que le policier type à la BRI devait «avoir à la fois du caractère et le sens des limites. Je me suis toujours méfié des gens qui n'avaient jamais peur ou prétendaient n'avoir jamais peur».
Le chef actuel par intérim de la BRI, le commissaire divisionnaire Pierre Le Coz va plus loin. Il explique à CNEWS que ses policiers doivent arriver avec une expérience, un savoir-faire, il faut qu'ils apportent quelque chose à la brigade. «Il faut avoir des compétences humaines, être capable de passer de longues journées à attendre qu'il se passe quelque chose, à surveiller avec une attention à 100 % tout le temps. Et passer en un claquement de doigts à une phase d'interpellation ou au contraire être capable de dire "non là on s'en va". Il faut avoir des gens qui fassent preuve de patience, de courage, de discernement, d'autonomie, capables de passer de l'autonomie dans le travail d'enquête à une discipline contrôlée dans l'intervention».
L'électrochoc des attentats de 2015
Les attentats de 2015 feront figure d'électrochoc pour la BRI, désormais confrontée à des terroristes fermés à toute négociation, prêts à mourir face aux policiers. Deux anciens otages du Bataclan avaient d'ailleurs tenu à être présents hier, lors de la cérémonie des 60 ans de la BRI à la Préfecture de police. «Après cette vague terroriste qui a englouti nos dernières illusions, écrit le commissaire divisionnaire Simon Riondet dans le livre BRI, les patrons de l'antigang se mettent à table, les unités d'intervention, qu'il s'agisse du Raid, de la BRI ou du GIGN, ont dû réviser leur doctrine, ne plus avoir qu'une obsession face aux fous de Dieu : frapper vite, frapper fort, pour sauver des vies, celles des otages». Les effectifs de la BRI sont alors doublés, leur équipement modernisé et renforcé.
De nouveaux plans grâce à l'intelligence artificielle
Si les attaques de fourgons ou de banques, qui ont fait les grandes heures des débuts de la BRI, ont quasi-disparu, la Brigade a élargi ses capacités face à l'évolution de la criminalité et des profils des malfaiteurs. Avec les yeux rivés sur l'horizon, pour toujours moderniser leurs méthodes et leurs matériels. Pour preuve, le projet en cours actuellement d'utiliser l'intelligence artificielle pour avoir, à partir de plans simples comme des plans d'évacuation, la possibilité de les transformer de manière quasi-automatique en des plans tactiques qui permettront d'élaborer des assauts.
Chaque année, les 120 hommes de la BRI effectuent des centaines de surveillances et interpellent environ 250 criminels.
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