Il est l’un des plus hauts dignitaires français de Daesh et avait revendiqué l'attentat de Nice en 2016 au nom de l’organisation terroriste, Adrien Guihal, alias Abou Oussama al-faransi, qui est incarcéré en Syrie, souhaite revenir en France.
Un homme dangereux. Vétéran du jihad français et incarcéré en Syrie depuis 2018, Adrien Guihal, aussi connu sous le nom d’Abou Oussama al-faransi, veut rentrer en France. La cour administrative d'appel de Paris, qui a été saisie par son avocat ce mercredi 12 février, devra trancher la question.
Adrien Guihal a particulièrement œuvré au sein des organismes médiatiques de Daesh. C’est notamment sa voix qui a servi à revendiquer l’attentat de Nice, qui a fait 86 morts le 14 juillet 2016 mais aussi l'assassinat d'un couple de policiers à Magnanville (Yvelines) en juin 2016. De plus, son avocat, Me Étienne Mangeot, estime qu’il «est sans doute aujourd'hui l'un des plus hauts dignitaires vivants de Daesh».
Selon ce dernier, les conditions de détention d’Adrien Guihal et des 65 autres Français détenus dans la prison de Derik, située dans le nord de la Syrie et aux mains des forces kurdes, sont extrêmement difficiles et «les placent dans un vrai danger de mort».
Une question de sécurité pour la France
Par ailleurs, Me Mangeot a estimé que ne pas procéder au rapatriement d’Abou Oussama al-faransi et de deux autres de ses clients représentait «un risque pour la France», puisque cela signifierait «laisser ces personnes dans le chaudron qu'est encore la Syrie aujourd'hui, c'est tout sauf sûr».
«D'un strict point de vue sécuritaire, les savoir dans des prisons françaises, judiciarisés en France, je pense que c'est beaucoup plus sûr pour les Français», a ainsi défendu Me Mangeot.
Ce n’est pas la première fois que le rapatriement d’Adrien Guihal est demandé. En effet, sa mère en a fait la demande à deux reprises auprès du Quai d’Orsay en 2022 et du tribunal administratif en 2023, qui s’est déclaré incompétent en la matière.
La cour administrative d’appel de Paris ne se prononcera pas directement sur le retour en France du jihadiste mais tranchera la question de la compétence du tribunal, lequel pourra par la suite ordonner un rapatriement.
La France maintient une position stricte
Depuis la chute du califat il y a six ans, le Quai d'Orsay est resté très discret sur le sort des Français partis combattre en Syrie et estime que les personnes accusées de complicité avec Daesh doivent être jugées sur place.
Néanmoins, la France a procédé au rapatriement de 166 enfants et 57 femmes entre 2022 et 2023. Paris a ensuite cessé ses opérations, et ce, malgré plusieurs condamnations internationales, dont celle de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) en 2022.
«Je pense que ce qui fait la vraie différence entre une démocratie comme la nôtre et le terrorisme, c'est que chez nous, c'est la justice qui a le dernier mot», a estimé Me Mangeot, ajoutant : «Pour l’instant, on est tout à fait à côté puisque (ces personnes) sont détenues en dehors de tout cadre légal. Je trouve ça très dommage et un peu grave pour la démocratie que nous sommes».
Originaire de Seine-Saint-Denis, converti à l'islam en 2002, Adrien Guihal avait été arrêté six ans plus tard pour un projet d'attentat contre le bâtiment des renseignements généraux à Paris. À sa sortie de prison en 2012, il avait co-dirigé un garage automobile en région parisienne, fréquenté par d'autres jihadistes, avant de rejoindre la Syrie en 2015.