Ce lundi 24 février, le procès de Joël le Scouarnec va s'ouvrir à Vannes. Cet ex-chirurgien, poursuivi pour viols et agressions sexuelles aggravées, est soupçonné d’avoir commis, à lui seul, 299 victimes entre 1986 et 2014. Autant d’années durant lesquelles il est passé à travers les mailles du filet.
Il est suspecté d’être le plus grand pédocriminel de France. Joël Le Scouarnec est attendu dans le box des accusés dès lundi, pour le début de son procès devant la cour criminelle du Morbihan à Vannes.
L’ancien chirurgien, désormais âgé de 74 ans, est suspecté d’avoir commis des viols et agressions sexuelles sur 299 victimes. Pour la plupart, mineures au moment des faits, et âgées de 11 ans en moyenne. Seulement, en 30 ans, celui qui se décrit comme un «grand pervers» n’a jamais été inquiété, par chance ou défaillance.
Printemps 1996
Lors d’une perquisition effectuée en 2017 au domicile de l’ex-chirurgien dans le cadre d’une première affaire, celle du viol de sa voisine de 6 ans, les enquêteurs retrouvent des carnets et fichiers informatiques dans lesquels il se confiait.
En 1996, il écrivait que sa femme avait découvert ses penchants pédophiles. «Un cataclysme est venu s’abattre sur moi et sur mon attirance pour les petites filles et les petits garçons. Elle sait que je suis pédophile», a-t-il écrit. Pris d’une «peur irraisonnée», il a alors détruit «irrémédiablement» ses autres journaux écrits entre 1992 et 1996, de sorte que personne ne les trouve.
22 juin 1997
Durant trois jours, 2.500 gendarmes ont interpellé 686 clients de vente par correspondance de cassettes vidéo pédophiles et ont procédé à 814 perquisitions, dans le cadre d’«Ado 71», présentée en 1997 comme la plus vaste opération antiphédophile de France. Effrayé, Joël Le Scouarnec met «au secret» ses propres cassettes, «en attendant que l’affaire se tasse. Puis je reprendrai le cours normal de mes activités pédophiles», a-t-il écrit dans ses carnets.
Automne 2004
Dans le cadre d’une vaste enquête anti-pédophilie initiée par le FBI intitulée «opération Falcon», près de 2.500 Français ont été identifiés. Dans la liste figurait le nom de Joël Le Scouarnec, en poste à Lorient depuis 10 ans. Ses paiements bancaires ont démontré son inscription à trois sites pédopornographiques.
17 novembre 2005
L'ex-chirurgien est transféré au sein de l’hôpital de Quimperlé. Les membres de l’établissement se disaient soulagés de son arrivée, au vu des difficultés liées au recrutement à cette période.
En parallèle, l’enquête initiée en 2004 a suivi son cours et Joël Le Scouarnec est condamné à quatre mois de prison avec sursis pour détention d’images pédopornographiques. Seulement, cette peine n’est assortie d’aucune obligation de soins ni d’interdiction d’exercer et il n’en avertit pas sa direction.
Mais l’un de ses confrères de l'établissement hospitalier, le psychiatre Thierry Bonvalot, a appris par un collègue l’existence de cette condamnation. Seulement, ce dernier «banalise les actes de Le Scouarnec, et ne me fournit pas la preuve de la condamnation», a expliqué le spécialiste, selon l’AFP.
Rapidement, des éléments vont tout de même l'alerte. D’abord, lorsque Joël Le Scouarnec a pris la défense d’un radiologue de son service, Mohamed Fréhat, soupçonné de viols sur ses patientes. Il sera condamné à 18 ans de réclusion pour viols et agressions sexuelles sur 32 femmes, dont huit mineures.
Ensuite, parce que l’ancien chirurgien a réalisé un jour une opération de cinq heures sur un petit garçon. Une durée très longue qui a inquiété les parents de l'enfant. En conséquence, Thierry Bonvalot, alors président de la Commission médicale d’établissement, a demandé des explications au chirurgien. «Il résume l’opération avec tant de métaphores sexuelles que j’en reste effaré. Il avoue avoir été condamné pour pédopornographie. Je réalise qu’il est dangereux et je lui demande de démissionner. Il refuse», a-t-il expliqué.
Juin 2006
Plusieurs mois plus tard, le casier de Joël Le Scouarnec ne comporte toujours aucune mention, faute de traitement judiciaire. Thierry Bonvalot a alors signalé le chirurgien auprès du directeur de l’hôpital, s’interrogeant sur «la capacité du docteur Le Scouarnec à conserver toute sa sérénité lorsqu’il intervient auprès de jeunes enfants». Il a également évoqué son parcours judiciaire, et a adressé une copie de son courrier au Conseil départemental de l’Ordre des Médecins (CDOM) du Finistère.
Août 2006
Malgré les efforts et les signalements du psychiatre, Joël Le Scouarnec est titularisé le 1ᵉʳ août 2006 et est devenu le chef du service chirurgie au sein du même hôpital. Son casier judiciaire est toujours vierge.
Mars 2007
Une enquête est lancée sur l’hôpital dans lequel travaille Joël Le Scouarnec par Yvon Guillerm, directeur de l’Agence régionale de l’Hospitalisation (ARH) de Bretagne, en raison d’une affaire ayant «fait l’objet d’un signalement au parquet» selon l’AFP.
Et pour cause : une patiente soignée par le chirurgien est décédée au cours d’une opération. Yvon Guillerm a alors estimé que ce décès, assortie à la condamnation du docteur pour détention d’images pédopornographiques, est «naturellement, préoccupant».
Le lendemain, il a envoyé un rapport à Bernard Chenevière, alors responsable au Centre National de Gestion (CNG) des praticiens hospitaliers, expliquant que «les faits sont en contradiction avec les conditions de moralité nécessaires» à exercer les fonctions de chirurgien. «Le ministre (de la Santé) se devant de réagir, l’option de la plainte devant l’Ordre paraît plus adéquate», a-t-il conclu.
Seulement, aucune plainte ne sera jamais déposée : douze jours plus tard, le gouvernement est l’objet d’un remaniement.
Juin 2008
En juin 2007, la fermeture des services chirurgicaux et obstétriques de Quimperlé est finalement effectuée, suite à l’enquête de l’ARH. Joël Le Scouarnec est tout de même recruté à la clinique de Pontivy (Morbihan), mais le directeur a décidé de raccourcir son contrat à une semaine, après avoir pris connaissance de sa condamnation.
Mais en juin 2008, Joël Le Scouarnec rejoint l’hôpital de Jonzac (Charente-Maritime). La directrice est mise au courant de la procédure judiciaire le concernant, mais l'a ignoré. Le chirurgien y exercera jusqu’en 2017.
C'est cette année-là que Joël le Scouarnec a été interpellé. Une plainte pour exhibition sexuelle a été déposée à son encontre, et une perquisition à son domicile a révélé l'ampleur de ses actes. Ses carnets dans lesquels il consigne méthodiquement ses crimes sexuelles sont retrouvés. Il a été placé en détention provisoire en mai 2017, ce qui mettra enfin un terme à ses agissements.