Nommé secrétaire général du ministère de l’Intérieur fin avril, après avoir exercé comme préfet dans quatre départements différents, Hugues Moutouh a un profil atypique en politique. Cet agrégé de droit âgé de 57 ans, qui pratique quotidiennement la boxe, s’est déjà illustré sur des dossiers comme la loi Darcos ou les attentats de 2012.
Un intellectuel au corps bien taillé par la boxe. Plus de deux décennies après son entrée en politique, Hugues Moutouh a gravi l’échelon le plus important de sa carrière en étant nommé secrétaire général du ministère de l’Intérieur le 28 avril dernier.
L’homme de 57 ans porte à merveille cette description d’homme «en trompe-l’œil» faite par les plus anciens préfets du ministère. Hugues Moutouh cultive à la fois son physique de boxeur mais aussi son esprit d’homme de lettres.
La boxe comme routine matinale
«Vous connaissez beaucoup d’agrégés de droit qui ont été videurs de boîtes de nuit ? Hugues l’a été sept années durant pour payer ses études», révèle Frédéric Péchenard, l’ancien directeur général de la police nationale et ami de longue date d’Hugues Moutouh, dans un entretien accordé au Figaro.
Chaque matin, Hugues Moutouh ne déroge pas à sa routine matinale, celle le menant à son sac de boxe installé dans son QG administratif à Beauvau. Ceinture noire de karaté, l’imposant secrétaire général du ministère de l’Intérieur a pris l’habitude de s’entraîner quotidiennement depuis l’époque où il combattait en MMA.
Plus de 100 articles de droit produits en 1998
Enfant du lycée Fermat à Toulouse puis de l’IEP et de l’université de droit de Bordeaux, il a suivi la voie des grands doyens en produisant dès 1996 une thèse de 700 pages sur la discrimination positive avant de devenir un agrégé respecté ayant produit plus de cent articles en 1998.
Le choix de ce profil à la tête de l’administration de Beauvau, en pleine séquence sur l’entrisme des Frères Musulmans, n’est pas dû au hasard. Il était présent, juste derrière Bruno Retailleau, le 26 mai dernier lors de la présentation officielle du «plan de lutte contre l’islamisme radical et le repli communautaire».
Le tournant du projet de loi darcos en 2004
Admis comme éminent juriste au Conseil d’État en 2002, il est choisi comme rapporteur du projet de loi Darcos de 2004 sur l’interdiction des signes religieux ostentatoires à l’école à la suite de l’affaire du hijab à Creil.
«J’ai compris à l’époque que l’on changeait d’échelle et que, en arrière-plan de cette affaire, il y avait un vrai enjeu, une grande offensive qui pouvait porter atteinte à l’unité nationale, comme une stratégie de cheval de Troie», confie l’intéressé.
Une nomination comme plus jeune préfet de France en 2010
Devenu «fan» de Nicolas Sarkozy après leur première rencontre en 2005, il rejoint le QG de campagne de ce dernier en janvier 2007. Il est ensuite placé dans les ministères de Roselyne Bachelot et de Bernard Laporte une fois Nicolas Sarkozy élu président de la République.
Il devient en janvier 2010 le plus jeune préfet de France en étant nommé à Guéret, avant de rejoindre l’Élysée comme conseiller spécial en janvier 2011. Il s’est ensuite occupé du dossier des attentats de 2012 avec Claude Guéant, avant que les élections à la présidence de François Hollande puis d’Emmanuel Macron ne le poussent à s’orienter vers le privé.
Il revient dans la lumière en 2018 quand Emmanuel Macron se rapproche de Nicolas Sarkozy. Il est successivement nommé préfet de la Drôme en mars 2019 puis de l’Hérault en juin 2021 et des Alpes-Maritimes en octobre 2023.
Lors des émeutes de l’été 2023, il marque l’opinion publique alors qu’il occupait le poste de préfet de l’Hérault en déclarant aux très jeunes casseurs : «La méthode, c’est quoi ? C’est deux claques et au lit».