La Nouvelle-Calédonie est au centre d'un sommet entre acteurs politiques et économiques réunis par Emmanuel Macron ce mercredi. Ils ont pour tâche de trouver de la stabilité au sein du territoire du Pacifique, qui en manque tant depuis 1988.
Une relation complexe à la France. En Nouvelle-Calédonie, les récents épisodes de violence ont démontré un malaise latent entre indépendantistes et non-indépendantistes, qui ont répondu présents à l'invitation d'Emmanuel Macron ce mercredi 2 juillet. Ils tentent de reprendre un dialogue particulièrement infructueux depuis de nombreuses années.
Les deux parties, frontalement opposées depuis qu'elles cohabitent, ont lancé un dialogue officiel en 1988, avec les accords de Matignon. Ceux-ci avaient été signés par Jacques Lafleur et l'indépendantiste Jean-Marie Tjibaou, connu pour avoir notamment déclaré que «la paix s'appelle Indépendance Kanak». L'objectif de ce texte était de convenir d'une période temporelle de dix ans permettant de restructurer le territoire afin de permettre aux Néo-Calédoniens de se prononcer sur leur indépendance dès 1998.
Cet accord est intervenu quelques semaines après la prise d'otages d'Ouvéa, lors de laquelle 4 gendarmes et 19 kanaks avaient été tués, faisant monter la pression entre loyalistes et indépendantistes.
Un transfert progressif des compétences majeures
En France métropolitaine, l'issue des discussions avaient été plébiscitées par une grande majorité des interrogés, qui validaient à 80% cette entreprise politique en répondant par l'affirmative au référendum du 6 novembre 1988 : «Approuvez-vous le projet de loi soumis au peuple français par le Président de la République et portant dispositions statutaires et préparatoires à l'autodétermination de la Nouvelle-Calédonie en 1998 ?»
Dix années plus tard, de nouveaux accords, ceux de Nouméa, signés le 5 mai 1998, ont repoussé l'autodétermination du territoire du Pacifique de deux nouvelles décennies, renvoyant la décision à une fenêtre située entre 2014 et 2018. Ces accords suggèrent un transfert progressif de compétences dans l'ensemble des domaines importants sauf la défense, la sécurité intérieure, la justice et la monnaie, qui restent des compétences de la République française. Ce nouvel épisode des relations entre l'archipel et l'Hexagone est vu d'un bon oeil par les citoyens de Nouvelle-Calédonie, qui valident à 72% le référendum de l'époque.
L'histoire de la Nouvelle-Calédonie, qui est celle de vagues migratoires successives sur le territoire des kanaks, est celle d'une population désunie depuis plusieurs décennies. La société, particulièrement à cran depuis l'arrivée de nouveaux «zoreilles» (comme les «blancs» sont surnommés par les kanaks), a opposé deux populations distinctes, tant dans la culture que dans le niveau socio-économique. C'est dans les années 1980 qu'un face à face mortifère se déclenche et fait exploser la situation. Les accords de Matignon, signés en 1988, ont lancé ensuite une nouvelle phase : celle de la réconciliation et la décolonisation.
Une «décolonisation inclusive» ?
Actuellement, les discussions autour du territoire français du Pacifique visent à réunir les peuples autochtones (kanaks et implantés de longue date) autour d'un destin commun, comme le stipule l'Accord de Nouméa (1998). L'objectif final est la création d'un peuple calédonien, dont le processus de création se fait en France, malgré la volonté du gouvernement d'offrir à la Nouvelle-Calédonie une chance d'émancipation, dans une forme ou une autre. L'accord étant terminé, les discussions patinent et une machine arrière a même été entreprise, entraînant l'incompréhension des Calédoniens, à l'origine des actes de violence recensées l'an passé.
Mais comme le passé calédonien a bien changé à cause des flux migratoires successifs du XXème siècle, une décolonisation ne se suffirait plus à elle même, comme l'explique l'anthtropologue du CNRS Benoît Trépied : «Est-ce qu'il est possible d'inventer une nouvelle forme de décolonisation inclusive, qui permette aux non-Kanak d'avoir une place, et laquelle ?», se demande-t-il justement. Toute la question que le gouvernement français tente de résoudre ces dernières semaines.