Le Parlement devrait définitivement adopter ce mercredi un texte allongeant jusqu'à 210 jours la durée de rétention d'étrangers en instance d'expulsion jugés dangereux, une mesure rejetée par la gauche et les associations.
Adoptée ce mardi à l’Assemblée nationale, la proposition de loi de loi visant à allonger jusqu’à 210 jours la durée de rétention d’étrangers en instance d’expulsion jugés dangereux pour l’être définitivement ce mercredi.
En effet, le Sénat devrait la voter sans modification, conformément au souhait de son auteure, la sénatrice LR Jacqueline Eustache-Brinio.
A l'heure actuelle, la durée de rétention dans ces centres, où peuvent être enfermés des étrangers en vue de leur expulsion afin de «prévenir un risque de soustraction», est de 90 jours maximum, sauf pour ceux ayant été condamnés pour terrorisme: elle peut alors aller jusqu'à 210 jours, soit sept mois.
Le texte prévoit d'étendre cette durée de 210 jours aux étrangers dont le «comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour l'ordre public», ainsi qu'à ceux ayant été condamnés pour certains crimes ou délits graves (meurtre, viol, trafic de stupéfiants, vol aggravé avec violences...).
Au cours des débats au Palais-Bourbon, les députés de tous bords ont une nouvelle fois rendu hommage à Olivier Marleix, rapporteur du texte, qui a mis fin à ses jours lundi.
De son côté, Bruno Retailleau a salué «un texte important», à l’origine duquel se trouve «le drame de la jeune Philippine». «Lorsque la loi ne protège plus nos compatriotes, alors il faut la changer», a-t-il ajouté.
Hier soir, l’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi allongeant jusqu’à 210 jours la durée de rétention des étrangers en instance d’expulsion, jugés dangereux, dans nos centres de rétention administrative.
Ce texte a une histoire. Il répond à un manquement, à une… pic.twitter.com/TotprVw7wS— Bruno Retailleau (@BrunoRetailleau) July 9, 2025
Trois nouveaux centres
La proposition de loi avait émergé après le meurtre de Philippine, étudiante retrouvée morte à Paris en 2024. Le meurtrier présumé était un Marocain faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire (OQTF), qui venait de sortir d'un centre de rétention après plusieurs années en prison.
Pour défendre la mesure, Bruno Retailleau a fait valoir que le droit européen permet une durée de rétention pouvant aller jusqu'à 18 mois.
Il a par ailleurs rappelé l'ouverture prochaine de trois nouveaux Centres de rétention administrative (CRA), pour passer de 1.950 à 2.400 places.
La gauche opposée
La gauche, vent debout, a dénoncé aussi une mesure inutile, arguant que l'allongement de la durée moyenne de rétention (33 jours en 2024, le double de 2020 selon un rapport d'associations) n'a pas permis d'augmenter le taux d'expulsion.
En 2018, une loi avait déjà doublé la durée maximale de rétention de 45 à 90 jours.
Le texte intègre par ailleurs des mesures, parfois réécrites, de la dernière loi immigration, retoquées au Conseil constitutionnel.
Comme le placement en rétention de certains demandeurs d'asile «dont le comportement constitue une menace à l'ordre public».
Ou encore la possibilité de relever des empreintes digitales et faire des photos d'identité sous la contrainte, dans le but de faciliter l'identification des personnes.