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Attentats islamistes de 1995 : comment l'attaque du métro Saint-Michel a fait évoluer la prise en charge des victimes par les secours

Au vu de l'ampleur des blessés, un second PMA a été installé, cette fois à la surface, dans le café «Le Départ», une première dans l'histoire du Plan rouge. [Jack GUEZ / AFP]

Il y a trente ans ce vendredi, une bombe explosait dans le RER B station Saint-Michel à Paris, faisant 8 morts et plus d'une centaine de blessés. Une épreuve qui a su métamorphoser la prise en charge des victimes par les secours. 

Le 25 juillet 1995, aux alentours de 17h30, à Paris, station Saint-Michel, une bombe explosait à bord d’une rame de la ligne B du RER faisant de premiers morts et plusieurs dizaines de blessés. Scène de chaos dans la capitale : les pompiers évacuaient à toute allure les blessés sur civière, parmi lesquels plusieurs personnes démembrées, avant d'en installer d'autres à l’intérieur du café «Le Départ», transformé alors en PMA (poste médical avancé).

Les images des victimes, choquées, dont celles d’une femme en pleurs ou encore celle d'un homme hagard, chemise et pantalon arrachés, inondaient les médias. Avec elles, tant d’autres encore s'afficheront sur les écrans de télévision des Français, qui assistent, quasiment en direct, à la prise en charge des rescapés, auxquels les premiers soins étaient parfois prodigués à même le sol.

Parmi les professionnels du secours sur place, le Dr Jacques Hascoët, médecin de garde dans l’Ambulance de réanimation (AR) de la caserne de Masséna (BSPP), qui livrera des années après la tragédie un témoignage poignant, lui qui était le premier médecin à arriver sur les lieux.

Des structures de soin installées en quelques minutes

Appelé pour un «feu dans la station Saint-Michel», il comprendra rapidement en descendant dans l’une des stations les plus profondes de Paris qu’il ne s’agissait pas d’un simple incendie, en découvrant le métro éventré et une quinzaine de personnes très gravement blessées, le tout dans un silence assourdissant, sans le moindre signe d'une quelconque fumée.

«Quand je suis revenu, j’ai poussé le policier. J’ai pris le taxiphone. J’ai prévenu mon état-major. Je leur ai demandé s’ils avaient déclenché le Plan rouge. Ils m’ont dit non, on a déclenché le Plan Interfer. Ce sont les plans liés au rail. Le Plan rouge permet d’acheminer des moyens médicaux et para médicaux très rapidement. Ils me disent "Bon, on le déclenche". Alors, j’attends. Je suis tout seul au milieu de tous ces gens. Je commence à faire un tri, une catégorisation rapide des victimes. Je n’ai rien, pas de matériel. Je n’ai que mes mains. Et je vis un grand moment de solitude qui va durer cinq, six minutes. Voir ces gens qui vous regardent, et qui ne disent rien. Et vous, vous ne pouvez rien faire…», se remémorait le médecin à l'époque sur le salon Secours Expo, à la Porte de Versailles.

Une fois le Plan rouge mis en place, les premières victimes graves ont pu être traitées dans un premier PMA directement dans le métro. «J’avais donné des ordres de priorité, au fur et à mesure que les médecins arrivaient. Les victimes sont polycriblées, amputées, déchiquetées. Dans le coma pour certaines. Elles étaient une quinzaine», précise le Dr Jacques Hascoët. Néanmoins, au vu de l'ampleur des blessés, un second PMA avait été installé, cette fois à la surface, dans le café «Le Départ», une première dans l'histoire du Plan rouge. 

Autre fait inédit, ce dernier a également été rapidement saturé, avec l'affluence des gens qui avaient fui les lieux avec l'explosion, mais décidant de revenir en arrière en voyant les secours arriver. «Il y a aussi des gens qui ont assisté à l’accident, qui sont choqués par ce qu’ils sont vus, mais qui ne sont pas blessés. Et il y a des blessés plus légers, des brûlés plus ou moins "blastés" par l’explosion. Je vais donc confier ce PMA à un collègue et je vais en monter un troisième dans le bistro d’à côté» relatait le médecin.

la première prise en charge des traumatismes psychologiques

«Tous ces gens qui étaient revenus, qui avaient assisté à l’accident, on les appelle les "impliqués au départ". Ils sont en fait des traumatisés psychologiques. Pour la première fois, on a pris en compte cette notion de traumatisme psychologique. On a créé les premières cellules d’urgences psychologiques. C’est la première fois où on s’est dit qu’il fallait prendre en charge ces gens-là. On a vu arriver des psychiatres. Et nous, ça nous arrangeait à double titre. Premièrement, il fallait les prendre en charge, c’est sûr. Encore aujourd’hui, certains ne peuvent pas prendre le métro, aller travailler… Et deuxièmement, ils perturbaient le PMA en cherchant des amis, leur famille. Et ça nous empoisonnait la vie. Le fait de les regrouper, nous a facilité le travail», précisait le Dr Jacques Hascoët.

«L’appel s’est fait à 17h25. J’ai dû arriver 6 minutes plus tard sur les lieux. Et la dernière victime a été évacuée à 20h. N’oublions pas que nous sommes le 25 juillet. Il fait très beau, mais aussi très chaud. Dans le métro, en bas, ça doit approcher les 35 °C. La remontée à la surface a été extrêmement pénible. Pour les brancardiers, il fallait remonter tous ces escaliers mécaniques qui ne fonctionnaient plus. Les pompiers, arrivés en haut, étaient exténués. Depuis cet événement a été mis en place une relève des équipes de brancardage. Cet attentat-là a finalement apporté pas mal de choses», a conclu le médecin.

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