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«J'ai pris conscience qu'il se passait quelque chose» : comment le dérèglement climatique est devenu une menace pour les Châteaux de la Loire

Une partie des fondations du château de Chenonceau baigne dans le Cher. Cela le rend vulnérable à l'alternance de crues puis de sècheresse. [GUILLAUME SOUVANT / AFP]

Inondations, sécheresses... Le patrimoine français, lui aussi, pâtit de l'instabilité climatique : les châteaux de la Loire voient la menace de dégradations coûteuses planer, alors que leurs murs et jardins sont de plus en plus exposés. 

Au-delà de la tour Eiffel ou de l’Arc de Triomphe, le patrimoine français s’illustre à travers ses nombreux anciens bâtis et jardins. Parmi eux, on compte environ 500 châteaux situés en Centre-Val de Loire. Les plus connus, Chambord, Chenonceau et Amboise, séduisent chaque année des millions de visiteurs grâce à leur style directement inspiré de la Renaissance. Mais derrière leur apparence, se cache une réalité bien plus trouble. 

En effet, entre sécheresses extrêmes et inondations, le dérèglement climatique fait souffrir à petit feu ces anciennes bâtisses. Preuve en est, l’évacuation de plusieurs dizaines de riverains en janvier dernier, suite à un risque de glissement de terrain causé par de fortes précipitations, en contrebas du château d’Amboise. En conséquence, des travaux d’urgence, permettant de consolider la partie du château concernée, ont été entamés. 

Même son de cloche du côté de Chenonceau : des travaux d’entretien du lieu sont actuellement évoqués. «Nous avons fait une étude d'évaluation sur l'ensemble du domaine. Les dépendances et surtout les fossés. Et nous faisons face à une grosse campagne de réparation, liée à plus de 15 ans sans travaux», détaille Étienne Barthélémy, architecte en chef des monuments historiques, en charge du château de Chenonceau depuis deux ans. 

«Préoccupé, mais pas alarmiste»

Pour Étienne Barthélémy, les travaux d’urgence à Amboise, ou ceux prévus à Chenonceau, démontrent «qu’il y a des relations de cause à effet avec l'évolution climatique». En effet, à Chenonceau, l’architecte précise que «l’on peut craindre l'alternance entre des périodes très sèches et des phénomènes de pluviométrie très fortes». Selon lui, «cela est très préjudiciable à des maçonneries qui, par ailleurs, sont en mauvais état, fragiles ou soumises à des efforts importants, comme les maçonneries de soutènement de murs».

Autre détail propre à Chenonceau : une partie des fondations du château baigne dans le Cher. Les pieux en bois, sur lesquels le pont repose, sont directement implantés dans l’eau. Ils sont donc les premiers impactés en cas de sécheresse, puis d’inondations. Ce mouvement, qui alterne entre excès et manque d’eau, fragilise les fondations. De plus, en période de crues, des troncs de bois peuvent se prendre dans les piles du pont, et ainsi les abîmer. 

Face à ces phénomènes, Étienne Barthélémy se dit «préoccupé, mais pas alarmiste». Cela pour deux raisons. «La première, c'est que le bâti ancien, d'une manière générale, a quand même fait preuve d'une grande résilience au cours des derniers siècles. Cette solidité est due, en particulier, aux matériaux qui étaient utilisés et aux méthodes constructives. Ils détiennent une certaine souplesse, et s'adaptent à des dilatations importantes, à des mouvements de sol, etc... Mais aujourd'hui, les maçonneries peuvent être âgées de 4 ou 5 siècles, et ne sont pas forcément en bon état. Et c'est là que les phénomènes exceptionnels peuvent induire des catastrophes».

À Chenonceau par exemple, «nous nous attendons à ce que certains ouvrages s'effondrent dans les fossés. C'est de l'usure normale, mais évidemment, une forte sécheresse suivie d’une forte pluie, ça fragilise beaucoup les murs».

La deuxième raison est «que les maçonneries anciennes, médiévales, telles que certains soubassements d'Amboise et de Chenonceau, sont des constructions qui ont été réalisées à une époque où le climat connaissait un maximum de température. Notre patrimoine bâti n'est, sans doute, pas si mal préparé que ça à une évolution climatique». 

Un Patrimoine abimé

Étienne Barthélémy pointe néanmoins du doigt une difficulté : celle de réussir à isoler une cause de dégradation. «En général, il y a des tas de raisons convergentes. Certaines sont des facteurs aggravants, des facteurs d'accélération. L’évolution du climat est un facteur d’accélération de désordre sur nos monuments historiques».

«Le patrimoine français, celui qui appartient aux villes, ou aux particuliers, est en mauvais état. Chenonceau, par exemple, a été restauré entre 1860 et 1900. Mais depuis, il n’a fait l'objet d’aucuns travaux de la même ampleur. Alors, un siècle et demi après, les restaurations qui ont été faites sont usées, et beaucoup de monuments comme ce château demandent des interventions très importantes».

Et selon lui, le plus préoccupant «est d'aborder une période d'évolution climatique avec des phénomènes brutaux, successifs, des sécheresses, des grosses pluies, etc., combinée avec des monuments qui ne sont pas en bon état». 

certaines plantes souffrent

Contrairement aux idées préconçues, le dérèglement climatique peut avoir un impact au-delà des murs. En effet, le patrimoine naturel, lui aussi, n’est pas épargné. Pire, il est en ligne de mire. «Ce que j'observe dans nos parcs et même dans nos paysages, c'est une évolution de la flore. C'est comme ça que j’ai pris conscience, il y a environ cinq ans, qu'il se passait quelque chose», explique Étienne Barthélémy. 

Et pour cause, le parc de Chenonceau a été replanté à la fin du XIXe siècle, avec des essences acclimatées, telles que le cèdre. Seulement aujourd’hui, «ces essences souffrent beaucoup. Elles ne s'adaptent pas très bien, notamment en grande période de sécheresse». 

En conséquence, le parc du château va faire l’objet d’une étude dès cet hiver, pour établir une réflexion sur le devenir du parc d’ici à 30 ans. L’objectif est d’effectuer un inventaire de l'ensemble de la faune et de la flore, puis, un état sanitaire du parc. «Une fois qu'on aura ça, et en fonction de l'étude historique que l'on va faire, on pourra réaliser un plan de replantation, de prélèvement de certains sujets et d'adaptation de plusieurs essences».

«Pour résumer, on a un besoin de surveillance sur les monuments. Et sans doute, de travaux de consolidation, en préventif ou de réparation», indique l’architecte.

Le patrimoine Français, et plus particulièrement, les châteaux de la Loire, méritent donc une attention toute particulière. Il y a quelques jours, un appel aux dons a été lancé, afin de sauver l’aile François 1er du Château de Chambord, fermée au public depuis 2023 car elle menace de s’effondrer par endroits. Le directeur général du domaine national de Chambord a affirmé au micro de TF1 que la somme nécessaire à la restauration du lieu était de «37 millions» d’euros, dont «12 millions» d'euros à débloquer en urgence pour la mise en sécurité. 

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