Il y a dix ans jour pour jour, la France connaissait les attentats les plus meurtriers de son histoire. Depuis, le traumatisme reste vif et le pays lutte toujours contre la menace terroriste islamiste.
13 novembre 2015 : six chiffres, huit lettres pour une nuit d'horreur. Dix ans se sont écoulés depuis cette soirée glaçante au cours de laquelle la France a été une fois de plus confrontée au terrorisme islamiste. Dix ans de deuil, de pleurs mais aussi de lutte contre cette menace.
Le soir du 13-Novembre, trois commandos terroristes ont semé la mort au Stade de France, sur des terrasses des 10e et 11e arrondissements parisiens et dans la salle de concert du Bataclan. Des centaines de personnes ont été blessées et 130 ont été tuées. A noter que les avocats de deux rescapés qui ont mis fin à leurs jours, respectivement en novembre 2017 et novembre 2021, ont réclamé à la justice que le nombre de victimes reconnues soit porté à 132.
Les frontières du pays avaient été fermées et l'état d'urgence décrété. L'enquête qui a suivi ces attaques a été l'une des plus importantes jamais menée en France. La sous-direction anti-terroriste (SDAT) a été chargée de la coordonner, sous l'autorité du parquet.
Paris is remembering the victims of the November 13, 2015 attacks. To mark ten years since the terrorist attacks, the city is organizing a tribute at Place de la République. Starting November 8, people can come by to leave a candle or flower in memory of the victims.
[image or embed]— Ville de Paris (@paris.fr) 6 novembre 2025 à 08:24
L'ensemble des services de la direction centrale de la police judiciaire ont été mobilisés, soit 6.000 fonctionnaires au total, sans compter ceux de la police parisienne et du département judiciaire de la DGSI.
Salah Abdeslam a été le premier terroriste identifié, dès le 14 novembre, alors qu'il avait pris la fuite. Les jours suivants avaient été consacrés à la traque du commanditaire des attaques, Abdelhamid Abaaoud, finalement tué avec deux complices dans l'assaut du RAID à Saint-Denis, dans la nuit du 17 au 18.
Au cours de l'enquête 17.897 appels ont été réceptionnés au 197, la ligne téléphonique spécialement créée pour les attentats. 46.919 pièces ont été recueillies et 4.000 scellés déposés, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur.
Les investigations ont duré quatre ans au total et ont mis au jour une cellule jihadiste bien plus importante derrière ces attentats, revendiqués par Daesh, avec des ramifications à travers l’Europe, mais essentiellement en Belgique. C'est là qu'a été arrêté Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos jihadistes du 13-Novembre, le 18 mars 2016 à Molenbeek.
Près de 1.800 parties civiles au procès «V13»
A l'issue de cette procédure d'un volume de 542 tomes, 20 personnes ont été renvoyées devant la cour d'assises spéciale de Paris et 14 ont comparu, les autres étant décédées. Surnommé «V13», le procès des attentats s'est ouvert le 8 septembre 2021. Hors norme, tout comme l'affaire, il a rassemblé près de 1.800 victimes constituées parties civiles, représentées par 330 avocats.
Quelque 400 d'entre elles sont venues s'exprimer à la barre de cette grande salle d'audience de 550 places, spécialement aménagée dans l'ancien palais de justice de Paris. De grands témoins ont également été appelés à témoigner, à l'image de François Hollande, président de la République au moment des faits.
Au bout de dix mois d'audience, le 29 juin 2022, le principal accusé, Salah Abdeslam, a été condamné à la perpétuité incompressible, soit la peine la plus lourde prévue par le code pénal. Les 19 autres personnes jugées ont écopé de peines allant de deux ans de prison à la perpétuité.
De nouvelles lois contre le terrorisme
L'impact des attentats du 13-Novembre a été durable en France. Pour commencer, l'état d'urgence, prolongé à six reprises, a finalement duré deux ans.
Devant le Parlement réuni en Congrès, le 16 novembre 2015, François Hollande, alors chef de l'Etat, avait par ailleurs annoncé la création de 8.000 postes dans les forces de l'ordre, ainsi qu'une réforme de la Constitution pour y inscrire la déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux. Cette dernière proposition, que l'ancien président avait par la suite dit «regretter», avait finalement été rejetée par le Parlement.
Une première loi renforçant la lutte contre le crime organisé et le terrorisme a été adoptée le 25 mai 2016, instaurant par exemple la possibilité de recourir aux perquisitions de nuit lors des enquêtes préliminaires ou encore la saisie des correspondances électroniques.
Par la suite, Emmanuel Macron a fait adopter un texte censé remplacer l'état d'urgence et au centre duquel figurait le renforcement des pouvoirs de l'autorité administrative pour assigner quelqu'un, réaliser des perquisitions, fermer un lieu de culte ou faire des contrôles d'identité près des frontières.
La Commission européenne avait par ailleurs permis à la France de déroger aux règles de l'espace Schengen afin de prolonger le contrôle renforcé de ses frontières jusqu'au 30 avril 2018.
Une menace qui «reste vive»
La France a malheureusement connu d'autres attentats depuis le 13 novembre 2015. Le plus meurtrier à été celui du 14 juillet 2016 à Nice (Alpes-Maritimes), qui a coûté la vie à 86 personnes.
D'autres ont marqué le grand public, comme le meurtre d'un policier et de sa compagne à Magnanville (Yvelines) en 2016, les attaques de Trèbes et Carcassonne, en 2018, qui ont causé la mort de quatre personnes, dont le lieutenant-colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, ou encore, plus récemment, les meurtres de deux professeurs : Samuel Paty en 2020 et Dominique Bernard, trois ans plus tard.
Aujourd'hui, dix ans après le drame, la menace terroriste «reste vive» en France, d'après le procureur national antiterroriste Olivier Christen. «Le nombre de procédures que nous ouvrons (au parquet national antiterroriste) est à un niveau qui est parmi les plus élevés depuis les cinq dernières années», a-t-il déclaré le 3 novembre dernier, sur France inter.
Il note une «autonomisation des individus» impliqués dans des projets d'action, car ils ont «moins de contact direct avec les organisations» terroristes. Ils sont également bien plus jeunes puisque 17 mineurs ont été mis en examen depuis le 1er janvier pour des faits de terrorisme, après déjà 19 en 2024.
A Paris, ce jeudi, la mémoire des victimes du 13-Novembre sera honorée devant chacune des plaques apposées à travers la ville en 2016 pour leur rendre hommage. Un parcours mémoriel pourra également être suivi à partir du Stade de France et devant les différents lieux des attaques.
Une cérémonie d'hommage est aussi prévue à 18h au Jardin mémoriel du 13-Novembre, récemment inauguré près de l'Hôtel de ville. Celle-ci sera retransmise sur grand écran, place de la République.
Les Parisiens avaient par ailleurs été invités dès le 8 novembre à déposer une bougie, une fleur ou un mot au pied de la statue de la République, afin d'exorciser ensemble la nuit d'horreur qui les hante depuis dix ans.