Le nombre de vols de voiture ne cesse d'augmenter en France. En cause, la sous-estimation du risque chez les utilisateurs mais aussi la modernité des véhicules français, pourtant perçu par le grand public comme une protection au vol.
Un fléau majeur. En France, 140.000 véhicules sont volés annuellement, selon une étude menée par Coyote. Un niveau record atteint depuis 2024 et qui est notamment expliqué par l'apparition de voitures dernière génération, loin d'être sans faille d'un point de vue de la sécurité, comme l'explique Stéphane Curtelin, directeur produits et marketing de Coyote, à CNEWS.
Ce lundi 1er décembre, Coyote, connu pour être un outil d'aide à la conduite plébiscité par de nombreux automobilistes en France, a publié une enquête exclusive au sujet des vols automobiles en France. Le constat est clair : avec 140.000 véhicules volés, soit un vol toutes les 4 minutes sur le territoire, les risques n'ont jamais été aussi hauts dans l'Hexagone.
Prendre le contrôle d'un véhicule moderne : un véritable jeu d'enfant
Stéphane Curtelin analyse ces données et parle d'une réalité sous-estimée par les Français : «Les gens pensent que comme ils ont un véhicule moderne, il est difficilement volable. La réalité, c'est que comme un smartphone, on peut le cracker. Il émet des ondes et il est ouvrable à distance».
Pour déverouiller les portières d'une voiture dont la date de fabrication est ultérieure à 2000, les malfaiteurs ont souvent recours à des ondes radios. Ils savent même faire la différence entre les modèles européens, qui nécessitent des fréquences différentes (de 433.92 MHz) à celles des marchés américains et japonais (de 315 MHz).
Ensuite, la tâche des voleurs devient de démarrer le moteur, ce qui peut être fait en prenant le contrôle de la ECU (Unité de Contrôle Electronique), qui est connecté via un bus de données appelé CAN, qui peut théoriquement être piraté. Pour ce faire, les hackers de véhicule se branchent souvent à une prise appelée OBD (Systèmes de Diagnostic Embarqués), qui relie la voiture à un logiciel de diagnostic permettant de s'assurer du bon fonctionnement et de la sécurité de l'automobile.
«Aujourd'hui, 90% des vols sont électroniques»
«Aujourd'hui, 90% des vols sont électroniques. C'est à dire que les malfaiteurs se branchent sur le circuit de la voiture et la déverouillent à distance», estime pour sa part l'expert sollicité par CNEWS.
Pire encore, comme le relatait le média américain Wired, deux spécialistes, dans le cadre d'une expérience, ont réussi à contrôler une voiture de la marque Jeep à distance, en 2015, à allumer la radio, monter le volume au maximum ou encore faire marcher les essuie-glaces. Dans un second temps, ils sont même parvenus à couper les freins de la voiture, précipitant un accident. Une démonstration qui a permis de pointer du doigt plusieurs failles de sécurité chez les constructeurs, loin d'avoir été comblées depuis.
Ces prises de contrôle à distance, qui nécessitent une expérience en informatique mais peu de matériel, celui-ci étant accessible avec une simplicité déconcertante sur internet, touchent ainsi l'ensemble des voitures du pays. «De façon générale, les véhicules les plus volés sont ceux qui sont les plus demandés. Ils sont tout simplement plus facile à revendre, ensuite», explique Stéphane Curtelin.
Il est donc faux de penser que les voitures les plus anciennes seraient les plus visées, parce qu'elles ne sont pas équipées de systèmes de sécurité à jour : «Si l'on regarde la hit list des véhicules les plus achetés par les Français, on a les plus volés, tout simplement», reprend le directeur produits et marketing de Coyote. «La géolocalisation de première monte industrielle est assez simple à neutraliser pour des malfaiteurs organisés. En plus de cela, elle ne représente qu'une partie de la solution, car elle ne permet pas de faire quoi que ce soit en soit», reprend Stéphane Curtelin.
Île-de-France, PACA, Hauts-de-France : les régions les plus touchées
D'un point de vue géographique, les vols se concentrent donc sur les zones les plus fortes économiquement du pays. «Il existe une cartographie du vol de voiture, qui montre un lien avec le dynamisme économique des régions. On retrouve donc l'Île-de-France, l'Auvergne-Rhône-Alpes et puis PACA et les Hauts-de-France, qui correspond aux plus forts marchés et donc aux plus hauts risques», estime-t-il.
Cette étude a également permis aux analystes de l'entreprise Coyote de constater «un besoin et une méconnaissance des risques» de la part des automobilistes français. Selon leurs statistiques, «à peine un automobiliste sur trois s'équipe d'un dispositif de protection, qui est souvent limité à un antivol mécanique».
Pour Stéphane Curtelin, ce chiffre insuffisant à une meilleure protection nationale est d'autant plus inquiétant que ce qui est considéré par beaucoup comme un outil de sécurité automobile n'en est en réalité pas un. Une fois qu'il est volé, le fait de pouvoir localiser son véhicule n'est pas une fin comme le pensent certains : «on ne va pas se rendre sur les lieux avec un gilet pare-balle et une batte de baseball pour demander à récupérer sa voiture», ironise le spécialiste.
«Une confusion entre la localisation de son véhicule et être prémuni du vol»
«Il y a une confusion entre le fait de pouvoir localiser son véhicule et être prémuni contre le vol», reprend-il, en expliquant pourquoi Coyote a décidé d'ouvrir son champ d'action au développement d'une sécurité automobile. «C'est pour cela que notre solution s'organise en partenariat avec les forces de l'ordre. A la fin, ce sont toujours les forces de l'ordre qui interviennent», explique-t-il.
Plutôt que des antivols, Coyotte a préféré miser sur des systèmes de géolocalisation renforcés par des détectives. Le résultat est probant : 91 % des véhicules équipés sont retrouvés en moins de 48 heures.
L'intervention des forces de l'ordre est d'autant plus efficace que les statistiques de Coyote montrent que la seule période de creux en matière de vols de véhicules en France a eu lieu à l'été 2024, pendant lequel on a constaté «une présence policière accrue» pour la tenue des Jeux olympiques au sein de la capitale.