En 1946, la France tourne une page majeure de son histoire sociale : la loi dite Marthe Richard met fin à l’existence légale des maisons closes. Sans la supprimer, cette loi rend moins visible la prostitution pour préserver la morale.
Lundi, Jean-Philippe Tanguy, a remis une nouvelle pièce dans un débat ô combien complexe. Le député RN de la Somme a fait part de sa volonté de déposer une proposition de loi «visant à rouvrir les maisons closes».
Il faut remonter 70 ans en arrière pour comprendre les tenants et aboutissants d'un débat qui ressurgit fréquemment dans l'actualité. Le 13 avril 1946, la France tourne une page de son histoire sociale et morale : les maisons closes, officiellement appelées maisons de tolérance, sont interdites. C'est la fin du «bordel» légal, que la France doit à Marthe Richard.
Elue municipale à Paris à la Libération, figure déjà auréolée d’un passé d’espionne, de résistante et de prostituée, elle met fin à un système datant de 1804 qui donnait une existence légale aux maisons de débauche, cachant les prostituées, considérées comme membres des classes dangereuses, derrière des portes closes pour préserver la morale.
Des maisons closes tolérées et réglementées
En effet, depuis le XIXe siècle, les maisons closes étaient officiellement encadrées par l’État. Souvent reconnaissables à leur façade discrète, elles sont intégrées à la vie urbaine : il en existe dans toutes les grandes villes, des établissements modestes des faubourgs aux luxueux salons réservés à une clientèle bourgeoise.
Ces établissements, numérotés et régulièrement contrôlés par la police et les services de santé, avaient pour vocation, en théorie, de limiter la prostitution de rue et d’encadrer la propagation des maladies vénériennes. Les prostituées y vivaient cependant dans des conditions souvent difficiles : enfermement, dettes imposées, absence quasi totale de liberté de mouvement. Si certaines trouvaient dans ce système une forme de protection, beaucoup y voyaient une forme moderne d’exploitation et d’aliénation.
Plus de 1.400 fermetures
En quelques mois, environ 1.400 maisons closes, parfois discrètes, ferment leurs portes. Les employées se retrouvent livrées à une prostitution de rue peu encadrée, tandis que les pouvoirs publics, peu préparés, peinent à mettre en place un véritable dispositif d’accompagnement social ou médical. Ainsi, la fermeture ne fait pas disparaître la prostitution, elle la rend simplement moins visible et plus précaire.
En fermant les maisons closes, la France a voulu rompre avec un passé jugé indigne. Elle a aussi ouvert un débat qui, près d’un siècle plus tard, n’a jamais vraiment cessé : comment protéger les personnes prostituées ? Pour certains, la loi Marthe Richard constitue une avancée cruciale dans la lutte contre l’exploitation sexuelle. Pour d’autres, elle a fragilisé encore davantage les personnes prostituées en supprimant l’un des rares cadres réglementés.