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Budget, choix difficiles, cap à tenir : 100 jours après sa nomination, Sébastien Lecornu amorce un tournant décisif avant 2026

Le 9 septembre, Sébastien Lecornu était nommé Premier ministre par Emmanuel Macron. [REUTERS/Stephane Mahe]

Ce jeudi 18 décembre marque les 100 jours de Sébastien Lecornu à Matignon. En plein marathon budgétaire, le Premier ministre a, après des débuts semés d’embûches, tenté d’imposer une méthode basée sur des négociations permanentes avec les nombreuses oppositions. 

Une mission périlleuse pour le «moine-soldat» d’Emmanuel Macron. Le 9 septembre dernier, au lendemain du rejet de la confiance de François Bayrou, impliquant sa démission, le chef de l’État décidait de nommer Sébastien Lecornu au poste de Premier ministre. 

Par ce choix de placer son ancien ministre des Armées à Matignon, Emmanuel Macron a ainsi décidé de s’entourer d’un de ses plus fidèles lieutenant, seul à avoir figuré dans l’ensemble des gouvernements depuis 2017. 

Alors que plusieurs oppositions lui prédisaient le même sort que ses prédécesseurs, à savoir la censure, Sébastien Lecornu est à ce jour toujours en fonction, célébrant ce jeudi 18 décembre son 100e jour à l’Hôtel de Matignon. 

Une fonction que d'aucuns qualifieraient d'impossible, où les risques sont nombreux et les échanges avec les oppositions nécessaires, notamment pour permettre à la France de faire voter un budget.

Des débuts (très) remarqués

Tout semblait pourtant mal démarrer pour l’ancien maire de Vernon (Eure). Le 5 octobre, la nomination de son gouvernement a suscité une vive controverse au sein des membres du socle commun, notamment du côté des Républicains. 

Le président du parti, Bruno Retailleau, bref ministre de l’Intérieur, a, immédiatement après avoir pris connaissance de l’exécutif, dénoncé «un gouvernement qui ne reflète pas la rupture promise», allant jusqu’à menacer de se retirer. 

Parmi les annonces pointées du doigt, la nomination de l’ancien ministre de l’Economie Bruno Le Maire aux Armées. 

Face à l’ampleur des désaccords ce dimanche soir, Sébastien Lecornu a pris la décision de remettre sa démission au chef de l’Etat le lendemain, aux alentours de 9h50. Un événement inédit et historique, faisant du gouvernement de Sébastien Lecornu le plus court de la Ve République. Auparavant, le Premier ministre avait déjà battu un record, celui du plus long délai pour former son équipe gouvernementale, 26 jours. 

Face à une situation instable et la menace d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale, Sébastien Lecornu, alors Premier ministre démissionnaire, s’est vu octroyer «la responsabilité de mener d’ultimes négociations, afin de définir une plate-forme d’action et de stabilité pour le pays». 

Une mission acceptée qui se conclura par une nouvelle nomination de Sébastien Lecornu à Matignon. Afin d’éviter les mêmes conflits que précédemment, celui-ci a, pour son second gouvernement, décidé de s’entourer de personnalités de la société civile et de figures ne présentant pas «d’ambitions présidentielles». De ce fait, Bruno Retailleau a ainsi été remplacé par Laurent Nunez, ancien préfet de police de la Ville de Paris, au ministère de l’Intérieur.

Un renoncement au 49.3

Adepte du débat, conscient que rien ne pourrait se faire sans «compromis», Sébastien Lecornu a dû faire des choix forts pour éviter une censure immédiate. Peu friand des grands discours, c’est en trente minutes que le Premier ministre a prononcé sa déclaration de politique générale, le 14 octobre dernier, à l’Assemblée nationale. 

Devant la représentation nationale, Sébastien Lecornu a ainsi défendu «un gouvernement de mission» qui «n’agira qu’avec l’Assemblée nationale et le Sénat». 

Désireux de permettre aux parlementaires d’échanger et de trouver des points d’accords, le Premier ministre a également annoncé son renoncement à l’utilisation de l’article 49.3, permettant au gouvernement de faire passer un texte sans l’approbation des députés. 

«Le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez», a-t-il répété à plusieurs reprises dans l’Hémicycle du Palais-Bourbon.

Opération budget

Dès sa prise de fonction, Sébastien Lecornu a été chargé d’une mission : doter la France d’un budget. Afin d’éviter le 49.3, comme il l’a promis, et une censure immédiate, le Premier ministre a alors incité son camp à faire des compromis avec la gauche socialiste. 

A la tribune, il s’est ainsi engagé à ce qu’un débat puisse avoir lieu sur la suspension de la réforme des retraites d’Elisabeth Borne, un totem de la gauche. Une mesure qui a tendu la coalition gouvernementale, notamment du côté d’Horizons, le parti d’Edouard Philippe, mais qui lui a permis d’éviter une censure et d’entamer plus «sereinement» les échanges autour du budget de la Sécurité sociale. 

Ce mardi, l’Assemblée nationale a dans ce contexte adopté définitivement le projet de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), fruit d’un compromis entre différentes formations politiques. Au-delà de la réforme des retraites, le gouvernement est également revenu sur le doublement des franchises médicales ou encore le gel des prestations sociales. 

S’il a réussi à faire adopter ce PLFSS, Sébastien Lecornu doit désormais s’atteler, avec ses ministres, à trouver un accord autour du projet de loi de finances (PLF), qui fixe le budget de l’Etat pour 2026. Si celui-ci n’est pas adopté, le gouvernement pourrait alors faire voter une «loi spéciale» pour permettre la continuité des services de l’État. 

Rejeté à l’Assemblée nationale mais adopté par le Sénat, le texte doit maintenant faire l’objet d’une discussion en commission mixte paritaire (CMP). Sept sénateurs et sept députés seront ainsi chargés de trouver un compromis sur ce projet. 

En cas d’accord, le projet de loi de finances devra tout de même passer l’épreuve du vote à l’Assemblée nationale, où les socialistes, nécessaires pour faire basculer le vote, ont promis au mieux de s’abstenir.

Reconnaissant une situation «difficile», ce mercredi au Sénat, Sébastien Lecornu a appelé les ministres à «se plier en six pour faciliter les convergences» entre députés et sénateurs. 

Une stratégie visant à «éviter le scénario du pire» qui a pour l’instant réussi au Premier ministre. Selon le baromètre mensuel Ipsos BVA-CESI, pour La Tribune Dimanche le 13 décembre dernier, sa cote de popularité est en hausse de 4 points et se hisse à 29% de satisfaction.

Quelle orientation pour 2026 ?

Si la séquence budgétaire est indispensable pour se projeter politiquement, Sébastien Lecornu a déjà esquissé quelques sujets qui seront portés en 2026. 

Le Premier ministre a commencé à soumettre des thèmes au débat des parlementaires, en vertu de l’article 50-1 ce la Constitution. Des échanges sur la défense nationale et le narcotrafic se sont déjà tenus au Parlement. D’autres autour de l’agriculture, l’énergie et le déficit devraient se tenir prochainement. 

Par le biais du Parlement, le projet de loi sur la fin de vie devrait faire son retour, à partir du 20 janvier au Sénat. Le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, avait indiqué début novembre que le gouvernement prévoyait d'inscrire ces textes au Sénat à partir du 12 janvier. Mais l'ordre des semaines réservées aux textes soutenus par le gouvernement a finalement été modifié mercredi, entraînant de nouveau un léger report. 

Le gouvernement compte soumettre ces textes à l'Assemblée nationale dès le mois de février 2026, ce qui impliquait un examen préalable par le Sénat. Une année chargée d’un point de vue législatif qui devrait également être marquée par l’échéance des élections municipales de mars prochain.

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